Mars 1938
André Lebey. La Fayette ou le Militant Franc-Maçon. (Librairie Mercure, Paris). – Ces deux volumes constituent une étude fort consciencieuse, et remarquablement impartiale, non pas seulement d’un homme comme le titre pourrait le donner à penser, mais en réalité de toute une époque, et d’une époque qui fut particulièrement mouvementée et chargée d’événements. L’auteur n’est pas de ceux pour qui l’histoire n’est qu’une simple affaire de curiosité et d’érudition plus ou moins vaine ; il estime au contraire, très justement, qu’on doit y chercher des enseignements pour le présent, et il déplore que, en France notamment, on sache si peu profiter des leçons qu’il conviendrait d’en tirer : mais, au fond, n’est-il pas naturel et en quelque sorte logique qu’il en soit ainsi à une époque comme la nôtre, où une aveugle croyance au « progrès » incite bien plutôt à dédaigner le passé qu’à s’en inspirer ? Il ne dissimule aucunement les faiblesses de son héros, qui, ayant commencé sa vie en homme d’action, laissa par la suite échapper presque toutes les occasions d’agir qui s’offrirent à lui, et qui se laissa le plus souvent entraîner par les événements bien plus qu’il ne les dirigea ; s’il en fut ainsi, il semble bien que c’est surtout parce que l’action politique exige trop de compromissions inconciliables avec la fidélité à des convictions bien définies et nettement arrêtées, et aussi parce qu’il faut tenir compte des multiples contingences qui paraissent négligeables à celui qui s’en tient à une vue trop « idéale » des choses. D’un autre côté, par son honnêteté et sa sincérité mêmes, un homme comme La Fayette risquait de n’être que trop facilement le jouet de gens moins scrupuleux ; en fait, il apparaît assez clairement qu’un Talleyrand et un Fouché le « manœuvrèrent » à peu près comme ils le voulurent ; et d’autres sans doute, en le mettant en avant, ne songèrent qu’à s’abriter derrière son nom et à profiter de la popularité qui l’entourait. On pourrait se demander s’il n’était pas arrivé à s’en rendre compte dans une certaine mesure, vers la fin de sa vie, lorsqu’il écrivait une phrase comme celle-ci : « Il a été dans ma destinée personnelle, depuis l’âge de dix-neuf ans, d’être une sorte de type de certaines doctrines, de certaine direction, qui, sans me mettre au-dessus, me tiennent néanmoins à part des autres ». Un « type », un personnage plus « représentatif » que vraiment agissant, voilà bien, en effet, ce qu’il fut pendant tout le cours de sa longue carrière… Dans la Maçonnerie même, il ne semble pas avoir jamais joué un rôle tellement important et c’est encore au « type » que s’adressaient les honneurs qui lui furent décernés ; si par contre la Charbonnerie le mit à la tête de sa Haute Vente, il s’y comporte comme partout ailleurs, « se ralliant toujours à la majorité, se persuadant qu’elle tenait compte de ses vues, qu’elle acceptait d’ailleurs d’abord, quitte ensuite à les tourner ou à les dépasser », ce qui, du reste, ne constitue peut-être pas un cas tellement exceptionnel : que de « dirigeants » apparents dont on en pourrait dire autant ! Certaines allusions aux « forces équivoques, policières et autres, qui agissent derrière les gouvernements », montrent d’ailleurs que l’auteur soupçonne l’existence de bien des « dessous », tout en reconnaissant que, malheureusement, il n’a jamais pu réussir à savoir exactement, d’une façon sûre et précise, à quoi s’en tenir à ce sujet, sur lequel, cependant, « il serait indispensable d’être renseigné avec certitude pour redresser la politique et la débarrasser de l’abjection qui la mine en menant le monde à la débâcle » ; et, ajouterons-nous, c’est même dans tous les domaines, et non pas seulement dans celui de la politique, qu’une telle opération serait aujourd’hui nécessaire…
E. Gautheron. Les Loges maçonniques dans la Haute-Loire. (Éditions de la Main de Bronze, Le Puy). – Ce volume est, comme le dit l’auteur, « à la fois une page d’histoire locale et une contribution à l’histoire de la Franc-Maçonnerie en France » ; il est d’ailleurs presque exclusivement « documentaire », si bien que ce n’est guère que dans la conclusion que se laisse deviner une certaine tendance antimaçonnique. En fait, les documents qui y sont publiés n’apportent rien d’imprévu ou de spécialement important ; ce n’est pourtant pas à dire qu’ils soient sans intérêt, car ils font connaître tout au moins quelques personnages assez curieux à divers égards. L’auteur se fait une idée un peu trop simple des origines de la Maçonnerie : les constructeurs du moyen âge constituaient tout autre chose qu’une vulgaire association « de protection et d’entr’aide mutuelle » ; en outre, il y eut de tout temps des Maçons « acceptés », qui n’étaient nullement de « faux Maçons », ni des personnages ayant à dissimuler une activité politique quelconque ; la prépondérance acquise par ces éléments non professionnels dans quelques Loges rendit possible la dégénérescence « spéculative », mais leur existence même n’était point un fait nouveau ni anormal. D’autre part, nous devons relever au moins une erreur de détail : une « Loge chapitrale » n’est pas une Loge « dont les membres peuvent arriver au grade de Rose-Croix », ce que peut tout Maçon, mais une Loge sur laquelle, suivant un mode d’organisation d’ailleurs spécial au Grand-Orient de France, est « souché » un Chapitre de Rose-Croix, où peuvent être reçus aussi des membres d’autres Loges ; à un autre endroit, la dénomination de « Souverain Chapitre » se trouve, sans doute du fait d’une abréviation mal déchiffrée, transformée.
Март 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)