Janvier 1935
L. Fry. Léo Taxil et la Franc-Maçonnerie. (British-American Press, Chatou). – Ce gros volume, publié par les « Amis de Mgr Jouin », qui sont vraisemblablement les anciens collaborateurs de la R.I.S.S., contient les lettres adressées à l’abbé de Bessonies par Léo Taxil et par diverses personnes qui furent mêlées de près ou de loin à la singulière histoire que l’on sait ; on y trouvera également le fameux discours où Taxil fit l’aveu de sa « mystification », et les explications de l’éditeur des Mémoires de Diana Vaughan. À la vérité, « mystification » est bien vite dit, mais la question est plus complexe et n’est pas si facile à résoudre ; il semble bien qu’il y ait tout de même eu là autre chose, et que Taxil n’ait fait que mentir une fois de plus en déclarant avoir tout inventé de sa propre initiative. On trouve là-dedans un habile mélange de vrai et de faux, et il est exact que, comme il est dit dans l’avant-propos, « l’imposture n’existe qu’autant qu’elle est basée sur certaines côtés de la vérité propres à inspirer confiance » ; mais quel est au juste le « fond de vérité » contenu dans tout cela ? Qu’il y ait par le monde des « satanistes » et des « lucifériens », et même beaucoup plus qu’on ne le croit généralement, cela est incontestable ; mais ces choses n’ont rien à voir avec la Maçonnerie ; n’aurait-on pas, en imputant à celle-ci ce qui se trouve réellement ailleurs, eu précisément pour but de détourner l’attention et d’égarer les recherches ? S’il en est ainsi, qui peut avoir inspiré Taxil et ses collaborateurs connus, sinon des agents plus ou moins directs de cette « contre-initiation » dont relèvent toutes ces choses ténébreuses ? Il y a d’ailleurs dans tout cela une étrange atmosphère de « suggestion » ; on peut s’en rendre compte en voyant, par exemple, un homme d’une aussi incontestable bonne foi que M. de La Rive (nous l’avons assez connu pour en être certain) en arriver à traduire sans hésiter par « À Notre Dieu Lucifer Très Saint et Infini Toujours » une « formule inédite » qui signifie tout simplement « Au Nom de la Très Sainte et Indivisible Trinité » ! Nous ne pouvons pas songer à examiner ici tous les procédés de déformation employés dans les ouvrages taxiliens ; l’un des plus courants est celui qui consiste à se servir de termes existant véritablement, mais en leur attribuant un sens imaginaire : ainsi, il y eut bien un « Rite du Palladium », mais qui n’eut jamais rien de luciférien ; et les « Triangles » en Maçonnerie, ne sont point des « arrières-Loges », mais de simples Loges en formation, n’ayant pas encore le nombre de membres requis pour être « justes et parfaites » ; nous nous contenterons de citer ces deux mots comme exemples, en raison du rôle particulièrement important qu’ils jouèrent dans toute l’affaire. Quant à ce qu’on semble considérer, à tort ou à raison, comme le point central, c’est-à-dire l’existence de Diana Vaughan, l’énigme n’est guère éclaircie et ne le sera peut-être jamais : qu’une ou plusieurs personnes aient dû se présenter sous ce nom en diverses circonstances, cela est plus que probable ; mais comment pourrait-on espérer les identifier ? On a reproduit à la fin du volume, sous le titre Le Mystère de Léo Taxil et la vraie Diana Vaughan, les articles parus jadis sur ce sujet dans la R.I.S.S. et dont nous avons déjà parlé en leur temps ; il est assez curieux que la « preuve » nouvelle qu’on prétend y apporter soit en relation avec l’histoire des religieuses de Loigny, mais elle n’en est pas plus convaincante ; au fond, tout cela n’est pas très concluant, ni dans un sens ni dans l’autre… Maintenant, une question se pose, qui est peut-être d’un intérêt plus actuel que toutes les autres : pourquoi semble-t-on tenir tellement, d’un certain côté, à ressusciter cette vieille affaire ? C’est, explique-t-on, que « le Palladium, mis en sommeil en 1897, pourrait-on dire, semble être sur le point de se réveiller » ; « légende peut-être, ajoute-t-on, mais reposant sur une base faite de théories et de faits reconnus » ; devons-nous nous attendre à assister à une tentative pour dégager enfin cette base réelle, ou seulement à voir la légende prendre, comme dans L’Élue du Dragon, une nouvelle forme non moins « mythique » que la première ? En tout cas, l’avant-propos mélange bizarrement les choses les plus diverses, mettant sur le même plan les plus vulgaires groupements « pseudo-initiatiques » et des organisations d’un caractère assurément beaucoup plus suspect, sans parler de quelques assertions de pure fantaisie, comme celle qui fait de Ram Mohun Roy « un disciple des Lamas du Thibet » et du Brahma-Samaj « un cercle d’occultisme oriental et de mystique fondé en Angleterre en 1830 » ! Mais la dernière pièce du recueil est la reproduction d’un article de la R.I.S.S. intitulé Les Missionnaires du Gnosticisme, et consacré en réalité à l’O.T.O. ; cet article, qui semble n’avoir aucun rapport avec tout le reste, n’en serait-il pas, au contraire, en quelque sorte la « clef » ? Nous nous bornons à poser ici un point d’interrogation ; si la question devait être résolue affirmativement, cela pourrait jeter un singulier jour sur bien des choses ; et sans doute n’en avons-nous pas encore fini avec toutes ces « diableries » !
Январь 1935 г.
(перевод на русский язык отсутствует)