Le Caire, 12 février 1950
Cher Monsieur,
Je viens de recevoir votre lettre du 2 février ; je comprends bien que votre mariage et votre nouvelle installation n’ont guère dû vous permettre d’écrire ni d’étudier tous ces temps-ci, mais du moins est-ce là un empêchement qui n’est dû qu’à d’heureuses circonstances ! – Je vois qu’en somme on peut vous écrire indifféremment à l’une ou à l’autre des deux adresses indiquées ; naturellement, je ne savais pas que vous gardiez l’ancienne pour votre bureau.
Je suis content d’apprendre que vous avez enfin pu recevoir de Paris quelques-uns de mes livres, et aussi plusieurs années des « E. T. » ; celles-ci doivent être probablement les seules qui ne sont pas encore complètement épuisées.
Pour ce qui est de mes articles sur « Christianisme et Initiation », qui ont en effet eu un certain rapport avec les questions dont nous avons parlé précédemment, signalez-moi, quand vous aurez retrouvé un peu plus de calme, ce qui vous paraîtra avoir besoin d’éclaircissements ; je vous les donnerai bien volontiers dans la mesure où je le pourrai. Je dois d’ailleurs dire franchement qu’il y a là-dedans bien des points qui restent obscurs malgré tout et sur lesquels il serait bien difficile d’apporter des affirmations précises (par exemple les changements qui se sont produits à certaines époques dans le rituel des sacrements, car on ne sait pas exactement ce qu’était celui-ci dans le Christianisme primitif, et il y a bien d’autres choses sur lesquelles on n’est pas mieux informé). Ce qui est même singulier, c’est que plus on cherche à examiner tout cela de près, plus on y découvre des complications et des difficultés inattendues, de sorte qu’il est bien douteux que tout puisse jamais être complètement élucidé… C’est pourquoi j’ai hésité longtemps avant d’écrire ces articles, et je ne m’y suis décidé que parce que je m’y suis trouvé en quelque sorte obligé par les questions et les réflexions de nombreux correspondants ; je ne sais pas encore s’il y aura lieu de revenir sur ce sujet un peu plus tard, et cela dépendra sans doute surtout de ce que pourront me communiquer des personne qui sont mieux placées que moi pour faire certaines recherches, pour lesquelles il faudrait d’ailleurs pouvoir disposer de beaucoup de temps.
Veuillez, je vous prie, présenter mes respects à Madame Pistoni, et croire à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 12 февраля 1950 г.
(перевод на русский язык отсутствует)