Le Caire, 29 septembre 1949
Cher Monsieur,
J’ai reçu votre lettre du 17 septembre peu après avoir répondu à la précédente, et vous verrez que précisément j’avais été assez étonné de la phrase sur laquelle vous revenez. Je vous remercie des explications que vous me donnez à ce sujet, mais je dois dire franchement qu’elles me paraissent bien loin d’être entièrement claires. – Je remarque d’abord que, quand vous parlez des « traditions de famille, de race, etc. », vous employez ce mot de tradition dans un sens qu’on lui donne en effet souvent dans le langage courant, mais que je me refuse absolument à accepter ; pour nous, en effet, comme je l’ai souvent expliqué, ce nom ne peut être donné légitimement qu’à ce qui est essentiellement caractérisé par la présence d’un élément supra-humain, ce qui évidemment n’est pas le cas ici. – D’autre part, tout ce que vous dites de l’intégration d’éléments traditionnels, même dans la mesure où il s’agit réellement de tradition religieuse, reste entièrement dans les limites du domaine exotérique et n’a par conséquent absolument rien de commun avec les « petits mystères ».
Il est possible qu’on arrive par là, dans le cas le plus favorable, à obtenir certains états « mystiques » ou quelque chose de comparable à ceux-ci, mais non pas, très certainement, la restauration de l’« état primordial ». Il est d’ailleurs à craindre que, en fait, les résultats ne soient le plus souvent que d’ordre psychologique ou « subjectif », c’est-à-dire tout à fait inexistants et illusoires au point de vue d’une réalisation quelconque. – Il y a sûrement dans tout cela bien autre chose que de simples questions de terminologie ; au fond, j’y vois surtout une confusion entre l’exotérisme et l’ésotérisme, qu’il faudrait que vous vous attachiez avant tout à dissiper pour que nous puissions arriver à mieux nous comprendre…
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 29 сентября 1949 г.
(перевод на русский язык отсутствует)