Le Caire, 5 septembre 1949
Cher Monsieur,
Il a déjà quelque temps que j’ai reçu votre lettre du 8 août, et je m’excuse de n’avoir pu y répondre plus tôt ; j’ai tant de correspondance que j’ai souvent bien de la peine à la tenir à peu près à jour.
Vous avez certainement raison de vouloir approfondir le plus possible l’étude de la tradition catholique, puisque c’est la vôtre ; mais malheureusement, pour ce qui est de trouver dans le Catholicisme, tel qu’il est actuellement en fait, une possibilité effective de dépasser l’exotérisme, c’est là une chose qui me paraît extrêmement douteuse, pour ne pas dire plus…
L’objection soulevée par votre ami contre la nécessité d’un rattachement initiatique régulier, du moins dans certains cas, montre seulement chez lui une incompréhension des lois cycliques et des conditions qui en résultent. Tant que dure le Kali-Yuga (et il est bien évident que nous y sommes encore), la « descente » se continue, et même d’une façon de plus en plus accentuée et rapide, jusqu’à la catastrophe finale. Le retour aux origines se produit, par une sorte de « retournement » instantané, au début même du cycle suivant, et non pas d’une façon graduelle au cours du cycle actuel. La possibilité dont il s’agit n’existe donc pas dans les dernières périodes de celui-ci, et même la simple qualification pour l’initiation y devient toujours de plus en plus rare ; c’est là toute la réponse à cet argument.
Je suis étonné que vous n’ayez eu aucune réponse au sujet des livres et des revues, mais, si vous êtes allé dernièrement à Paris comme vous vous le proposiez, j’espère que vous aurez pu y trouver sans difficulté tout ce que vous vouliez avoir.
Croyez, je vous en prie, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 5 сентября 1949 г.
(перевод на русский язык отсутствует)