Le Caire, 19 juin 1949
Cher Monsieur,
Je viens de recevoir votre lettre du 9 juin ; entre temps, M. Rocco m’avait dit aussi que vous étiez allé récemment le voir à Naples ; je suis heureux que vous ayez fait sa connaissance directement, car il pourra certainement vous donner des informations sur beaucoup de choses.
Parmi ceux de mes livres que vous voudriez avoir maintenant, il y en a plusieurs qui sont épuisés, et il paraît qu’il est impossible de les trouver actuellement ; mais « Orient et Occident », « Autorité spirituelle » (dont M. Rocco termine en ce moment la traduction) et les « États multiples de l’être » ont été réédités l’année dernière, et le « Symbolisme de la Croix » doit l’être prochainement ; quant à la « Grande Triade », qui est le dernier ouvrage paru, elle existe encore. Pour se procurer tous mes livres, le mieux est de s’adresser toujours à la librairie Chacornac, qui a un dépôt de ceux qui ont paru chez différents éditeurs ; il est en effet beaucoup plus simple de n’avoir affaire ainsi qu’à une seule librairie.
Je ne peux qu’approuver tout à fait ce que vous dites pour la pratique de l’exotérisme catholique, car j’ai moi-même insisté sur la nécessité d’un exotérisme traditionnel, aussi bien pour ceux qui veulent aller plus loin que pour les autres. Le seul inconvénient dans ce cas, c’est que le Catholicisme, du moins dans son état actuel, ne semble laisser aucune porte ouverte, si l’on peut dire, sur l’ésotérisme et l’initiation. – L’interprétation que vous envisagez d’autre part à propos du Catholicisme serait justifiée si ce mot pouvait être pris dans son sens étymologique, puisque celui-ci exprime une idée d’universalité ; mais, en fait, ce qui porte ce nom de Catholicisme est tout autre chose : ce n’est bien qu’une forme particulière de tradition, et qui de plus se limite strictement au point de vue exotérique. Du reste, il n’y a qu’à voir de quel exclusivisme ses représentants font preuve à l’égard des autres traditions ; je ne crois pas que, sauf dans le Judaïsme, on puisse le trouver ailleurs à un degré aussi accentué. – Je ne voudrais certainement pas me substituer à M. Schuon pour l’interprétation de ce qu’il a écrit, surtout en ce qui concerne le Christianisme, qui soulève souvent bien des questions difficiles et plus ou moins obscures ; mais, pour ce qui est du passage que vous citez, il me semble que c’est très clair et qu’il n’y a pas à y chercher autre chose que ce qu’il exprime formellement et qui s’applique à toutes les formes d’exotérisme traditionnel, aussi bien au Catholicisme qu’aux autres. J’ajoute que le cas du Catholicisme est loin d’être le seul exemple d’un mot que l’usage qui en a été fait a complètement détourné de sa signification originelle, de telle sorte qu’il n’est plus possible de revenir à celle-ci. – Je ne crois pas qu’on puisse dire que M. Schuon connaisse mieux le christianisme orthodoxe ; mais la vérité est qu’il pense, et avec raison d’après tout ce que j’ai pu en savoir, qu’il s’y est conservé jusqu’à maintenant certaines choses dont l’équivalent a cessé depuis longtemps d’exister dans l’Église latine.
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 19 июня 1949 г.
(перевод на русский язык отсутствует)