Le Caire, 12 janvier 1949
T∴ C∴ F∴,
Je viens de recevoir votre lettre du 15 décembre ; vous êtes assurément bien excusable de ne m’avoir pas répondu plus tôt... – Merci d’avoir fait ma commission à Gallo.
Pour la question des manuscrits d’Abdul-Hâdi, cela n’a naturellement rien de pressé, et je sais trop bien qu’on n’arrive pas toujours à trouver assez de temps pour tout !
Chose curieuse, je ne réussis pas plus que vous à retrouver les nos de « Justice et Vérité » que j’ai sûrement quelque part ; je me rappelle que l’adresse était au Pré Saint-Gervais, mais je ne sais plus du tout quel était le nom du directeur ou du gérant et si c’était celui du gendre de Dupré dont vous parlez.
Pour le Martinisme, la transmission d’A. Chaboseau était indépendante de celle de Papus, mais, si mes souvenirs sont bien exacts, celui-ci également n’avait rien reçu de plus que ce que disait Chaboseau. Quant aux cahiers des trois grades, ils ont sûrement été rédigés par Papus lui-même dès le début de son organisation ; une autre preuve encore que les trois grades existaient bien alors est le discours d’initiation au grade de S∴-I∴ par Stanislas de Guaïta, qui a paru dans l’« Initiation » presque au début et a été reproduit, avec divers autres articles, dans le recueil intitulé « La Science Secrète », édité en 1890 ; le titre, ainsi que je viens de le vérifier, porte expressément la mention : « Tenue du 3° degré » ! À la suite de la publication du livre de Kostka, Papus a prétendu avoir fait dans les cahiers certaines modifications (il l’a écrit, je crois, dans sa brochure intitulée « Le Diable et l’Occultisme », que je ne retrouve pas en ce moment), mais en réalité il n’y a jamais rien changé du tout, car tous les exemplaires autographiés que j’ai, et qui sont ceux qui étaient en usage postérieurement à 1900, sont exactement identiques à ce qui se trouve dans « Lucifer démasqué ».
Comme Maridort, dans ses dernières lettres qui sont plus récentes que la vôtre, ne me parle pas d’Ambelain, je pense que sans doute vous n’avez pas encore rencontré celui-ci comme vous en aviez l’intention ; je suis curieux de savoir si vous pourrez arriver à éclaircir cette question de sa situation dans le Régime Rectifié. Il semble décidément que Lagrèze se soit mêlé de tout ; je me demande s’il pouvait être plus qualifié pour conférer régulièrement le grade de C.B.C.S. que pour le 33° écossais...
Il est vraisemblable que le nom de Fucanelli aura été inventé par Champagne, de même que l’histoire des soi-disant « Frères d’Héliopolis » ; mais cela ne me paraît pas en contradiction avec le fait que les livres qu’il a fait paraître sous cette signature auraient été entièrement rédigés avec la documentation de Dujols ; Faugeron, qui fréquentait beaucoup ce dernier, était très affirmatif là-dessus et partageait l’indignation de Madame Dujols à l’égard de ce procédé. – Je n’ai jamais eu beaucoup de renseignements sur ce Canseliet qui est intervenu par la suite dans cette affaire ; je crois qu’on m’a dit qu’il habitait Bordeaux, et il doit être ou avoir été en relations avec Paul le Cour, car celui-ci a publié autrefois quelque chose de lui dans « Atlantis ».
Quand j’ai connu Rouhier, il travaillait en effet chez Poulenc, mais je ne savais pas du tout que J. Boucher y avait travaillé également. Dans sa « Symbolique maçonnique », celui-ci a effectivement annoncé déjà son intention de faire paraître un autre livre sur le symbolisme des Hauts Grades. – À propos de J. Boucher, sauriez-vous quelque chose sur le groupe de « Kad » (il a collaboré à sa revue), dans lequel une scission s’est produite récemment ? Il paraît, d’après ce que m’a dit Marius Lepage, que le défunt « Martinisme Traditionnel » a encore exercé de ce côté une influence plutôt fâcheuse !
Merci de vos bons vœux ; à mon tour, je vous adresse aussi tous les miens pour cette nouvelle année, regrettant seulement qu’ils ne puissent vous parvenir qu’un peu tardivement.
Bien fra∴ à vous.
René Guénon
Каир, 12 января 1949 г.
(перевод на русский язык отсутствует)