Le Caire, 7 mai 1950
Cher Monsieur,
J’ai reçu votre lettre du 13 avril, avec la photographie du « fruit de la terre » qui l’accompagnait et dont je vous remercie ; je vois que cette œuvre remonte déjà à un certain nombre d’années ; l’aspect en est quelque peu étrange, à vrai dire, mais je pense qu’elle doit avoir une signification nettement axiale…
Il ne faut pas vous étonner qu’il y ait encore une censure ici, car, si en Europe vous n’êtes plus en état de guerre depuis longtemps, nous le sommes toujours, la paix n’étant pas signée entre l’Égypte et l’état d’Israël. Bien entendu, cela ne peut être gênant que pour les gens qui s’occupent de politique ou de commerce ; quant à ceux qui sont comme vous, il va de soi que cela ne les concerne en rien.
C’est dommage que votre exposition n’ait pas eu de résultats plus fructueux pour vous au point de vue des ventes, mais vous devez tout de même être content de l’intérêt qu’elle a suscité. Comme vous pouvez le penser, je ne suis nullement surpris de tout ce que vous me dites sur les combinaisons financières et autres qui influent sur le succès des peintures, et dont je comprends trop bien que les conséquences doivent en être pitoyables…
Tant mieux que les grèves aient à peu près cessé, mais je vois que malheureusement vous ne pensez pas que ce calme puisse durer bien longtemps ; souhaitons pourtant que les événements qui vous ont été annoncés viennent bientôt mettre un terme à tout ce désordre. Vous m’avez parlé de vos amis belges, mais je ne connaissais pas le nom du baron d’Hoogvorst ; il faut espérer qu’il va donner suite à ses intentions pour faciliter la réédition de votre livre.
Quant à Watkins, d’après tout ce que j’en sais, c’est un bon éditeur, et ce qu’il publie est, d’une façon générale, plus sérieux, moins mêlé que Rider à qui j’ai eu affaire autrefois. Maintenant, c’est Luxae qui édite les traductions de mes livres, mais il est trop spécialisé dans ce qui touche à l’Orient pour que cela puisse vous convenir.
Je vous plains fort d’avoir de tels ennuis domestiques ; je me souviens que vous y aviez déjà fait allusion autrefois, mais je ne pensais pourtant pas que c’était à ce point. Si pénible qu’il soit de devoir prendre une décision comme celle que vous envisagez, je souhaite qu’elle puisse vous rendre la tranquillité qui vous serait assurément bien nécessaire…
[…]
René Guénon
Каир, 7 мая 1950 г.
(перевод на русский язык отсутствует)