Le Caire, 15 décembre 1947
Cher monsieur,
Merci bien vivement de votre prompte réponse, je ne manquerai pas d’écrire à M. Amadou Hampaté Bâ dès que j’aurai pu prendre le temps de revoir les points de son schéma de la prière qui me paraissent avoir plus particulièrement besoin d’explications, d’autant plus que ce que vous me dites de lui augmente encore mon intérêt en ce qui le concerne.
Je suis très intéressé aussi par ce que vous m’apprenez de vos travaux en préparation, notamment sur l’enseignement de Tierno Bokar ; bien qu’étant en relation avec les “Cahiers du Sud”, je ne savais pas qu’on y avait l’intention de publier un volume sur le “Monde noir”. Quant à l’histoire de Kaydara, je pense que vous devez naturellement savoir que celui-ci n’est autre qu’El Khidr (Qôran, sûrat El Kahf).
Pour ce qui est de l’autre tableau dont je vous ai parlé, quelqu’en soit l’auteur, tout ce que je puis y distinguer est l’indication d’une correspondance de certains éléments musicaux avec les différents moments de la journée (comme dans la musique hindoue), et aussi quelque chose qui, par une relation entre ces mêmes éléments et les tempéraments humains, paraît avoir un rapport possible avec les effets thérapeutiques de la musique. Je sais que tout cela a existé en effet dans la musique arabe, mais ici c’est bien oublié actuellement ; ces choses se seraient-elles mieux conservées dans certaines régions plus ou moins reculée comme le Soudan ? Peut-être pourrez-vous me dire quelque chose à ce sujet, si ce n’est abuser de l’obligeance avec laquelle vous voulez bien m’offrir de me donner des informations à l’occasion et pour laquelle je tiens à vous exprimer encore tous mes remerciements.
Croyez, je vous prie, Monsieur, à mes meilleurs et très distingués sentiments.
René Guénon
Каир, 15 декабря 1947 г.
(перевод на русский язык отсутствует)