Le Caire, le 1er février 1948
Cher monsieur,
Merci de votre lettre du 21 janvier, que je viens de recevoir. Au sujet de Kaydara, je comprends très bien qu’en effet il ne vous était pas possible de donner beaucoup de précisions dans votre conférence ; je serai très intéressé par l’étude plus complète que vous avez en préparation actuellement.
Ce que vous me dites de la communication de M. Mercier confirme bien ce que je pensais ; il semble, d’après cela, que la connaissance de ces correspondances de la musique a dû se conserver dans certaines régions moins entamées que les autres par l’influence occidentale. Je prends bonne note de son adresse, car il se peut que je lui écrive quelque jour à ce sujet comme vous me le suggérez, si toutefois j’arrive à en trouver le temps, car il me fait toujours bien défaut pour beaucoup de choses!
Pour la même raison aussi, je veux dire le manque de temps, je n’ai pas encore examiné de nouveau le tableau de M. Hampaté Bâ, et par conséquent je ne lui ai pas encore écrit. Quand je le ferai, il est bien entendu que je ne manquerai pas de prendre la précaution que vous m’indiquez ; j’avais cru, d’après ce que vous me disiez précédemment, que cette hostilité de l’administration coloniale à l’égard de la Tijaniyak était du passé, mais, de toute façon, il est bien certain qu’on ne saurait trop se méfier des conséquences que peut avoir l’incompréhension de certaines gens… Je me rappelle à ce propos un exemple bien typique d’une semblable mentalité : croiriez-vous que dans l’Inde il y a quelque 30 ou 40 ans, les fonctionnaires anglais s’efforçaient d’interdire la lecture de la Bhagavad-Gitâ parce qu’il y est question de combats ?
Croyez, je vous prie, cher monsieur, â mes meilleurs et très distingués sentiments.
René Guénon
Каир, 1 февраля 1948 г.
(перевод на русский язык отсутствует)