Le Caire, 16 août 1936
Monsieur,
Je m’excuse d’être quelque peu en retard pour vous remercier de votre envoi du 9 juillet, que j’ai trouvé seulement en rentrant d’une courte absence, chose qui m’arrive d’ailleurs bien rarement... – Je n’ai pas encore eu le temps, à cause de cela, de voir les deux livres de Mrs. Balliett ; je vous en reparlerai donc une autre fois.
Les Curtiss ont formé, eux aussi, une organisation spéciale qui doit s’appeler Order of Christian Mystics ou quelque chose de ce genre ; je ne garantis pas l’exactitude du titre, car je ne retrouve pas l’indication en ce moment, et il y tant de choses qu’on risque de faire facilement des confusions ! En tout cas, l’annonce de la prochaine “ère aquarienne” semble tourner la tête de beaucoup de gens, en Amérique et même ailleurs...
Je ne savais pas que Longuet n’avait plus sa librairie “Rhéa” ; je me rappelle en effet que, avant la scission, il voulait ne pas vendre exclusivement des livres théosophistes, mais je crois que, en fait, la librairie du square Rapp en est arrivée là maintenant.
Tout ce que vous me dites au sujet de la Roumanie confirme bien ce que je savais déjà au sujet de la reine Elisabeth et du rôle plutôt étrange qu’elle a jouée en bien des choses, peut-être inconsciemment d’ailleurs. Il semble qu’il y ait toujours, dans ce pays, bien des intrigues de toute sorte, et où la politique est mêlée, peut-être plus manifestement qu’ailleurs, à des choses d’un autre ordre.
Pour le voyage du “Maître R.” en Transylvanie, c’est bien, vérification faite, en 1925 qu’il a eu lieu (en non en 1927) ; et il était accompagné non seulement de Mrs. Besant, mais aussi de Leadbeater et Widgwood. Il “initia” notamment un certain John Coues, prêtre de l’église catholique libérale, qui, malgré son nom anglais, est de nationalité allemande, et qui réside habituellement en Autriche ou en Hongrie ; ne serait-ce pas celui-là qui vint parler des “Maîtres” en 1927 ? En tout cas, ce personnage joue actuellement un rôle important par rapport à la S[ociété] T[héosophique] roumaine, car il paraît que toute la correspondance de celle-ci avec Adyar passe par son intermédiaire ; je me demande donc s’il n’aurait pas succédé, dans les fonctions d’“agent présidentiel”, à ce Bertram dont vous parlez et qui a dû aller rejoindre Leadbeater en Australie...
Excusez-moi de ne pas vous répondre plus longuement pour aujourd’hui ; bien que je n’aie été absent que peu de temps, tant de correspondance s’est accumulée que je n’arrive pas encore à m’y retrouver !
Croyez, je vous prie, Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 16 августа 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)