Le Caire, 27 juin 1936
Monsieur,
Merci de votre envoi du 18 juin et de tous les renseignements qu’il contient.
Ce silence des “Artisans” est vraiment assez extraordinaire ; si cela continue, on pourra croire en effet qu’ils ont été réellement pris de méfiance à votre égard...
Puisque vous voulez bien m’envoyer le reste des deux livres de Mrs. Balliett, comme on ne sait jamais ce qui peut se trouver au juste là-dedans, j’accepte volontiers. Bien entendu, toute méthode pour réduire en nombres les noms européens ne peut être que fantaisiste et sans valeur traditionnelle ; mais il se peut aussi que cela dissimule autre chose. Je me demande si ce qui se rapporte aux couleurs n’est pas plus ou moins inspiré des écrits plus anciens d’un autre Américain nommé Hiram Butler...
Quant aux “Maîtres”, c’est bien de K. H. qu’a parlé Sinnett. Celui qui est censé avoir dicté la Lumière sur le Sentier était connu sous le nom d’Hilarion ; j’ai vu aussi son portrait... ou soi-disant tel. – L’histoire du “Thibétain” est beaucoup plus récente que tout cela, et il n’y a d’ailleurs que Mrs. Bailey seule qui en parle.
Sur Cagliostro, il y a bien des avis différents et même contraires, et il n’est pas facile de savoir ce qu’il en est au juste ; mais, en tout cas, Dumas est certes bien loin de pouvoir être pris pour une autorité !
Les théosophistes prétendent que le comte de Saint G[ermain] s’appelait en réalité le comte Rakoczy, de la famille des anciens princes de Transylvanie ; ils le présentent en outre comme une réincarnation de Christian Rosenkreutz, du chancelier Bacon, et d’autres personnages encore ; je l’ai d’ailleurs mentionné dans les notes que j’ai ajoutées pour la réédition du Théosophisme. Ce qui est certain, c’est qu’il y a quelqu’un qui joue ce rôle, et que j’ai failli rencontrer en 1913 ; en 1927 si je ne me trompe, il a séjourné quelque temps dans “son” château de Transylvanie avec Mrs. Besant, et il y a même procédé à des “initiations” ; ce que vous me dites au sujet de cette dame Lazar ne se rapporterait-il pas à cela ?
L’histoire de la mort de Mlle Siculari et de la disparition de mon livre paraît assez bizarre aussi ; où ce livre se trouvait-il donc pendant son voyage ? – Quant à Mlle Braunstein, il est clair qu’elle a été une des trop nombreuses victimes de toutes ces histoires...
J’ai connu aussi Longuet ; quand il a quitté la S[ociété] T[héosophique], ils se sont réciproquement accusés de vol ! Vous savez sans doute que Marcault a succédé à Ch. Blich comme secrétaire général de la section française.
Ne vous inquiétez pas pour Alexandrie ; quant à l’adresse en Bessarabie, c’est bizarre en effet, mais tout ne l’est-il pas là-dedans ?
Excusez-moi de ne pas vous écrire plus longuement pour aujourd’hui, et croyez, je vous prie, Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 27 июня 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)