Le Caire, 29 octobre 1937
Monsieur,
J’ai reçu votre lettre il y a quelque temps déjà, et maintenant je viens de recevoir le paquet annoncé, contenant les trois volumes de la République des Champs Élysées ; merci bien vivement de cet envoi !
Je pensais bien que votre retard à écrire devait être dû à quelques ennuis ; du moins, la question de vos bagages s’est elle arrangée plus facilement que vous ne le craigniez ; mais je vois que pour le reste, climat, logement, situation, vous n’êtes malheureusement pas aussi satisfait qu’on pourrait le souhaiter. Il faut pourtant espérer que tout cela aussi va finir par s’arranger ; mais il est sûrement fâcheux d’avoir affaire à un milieu aussi peu favorable que celui-là semble l’être, bien que, à vrai dire, les difficultés de l’existence deviennent partout de plus en plus grandes dans les circonstances actuelles...
De mon côté, depuis que je vous ai écrit, j’ai eu une très violente crise de douleurs rhumatismales qui m’a complètement immobilisé pendant près d’un mois, et il m’en reste encore une fatigue dont je ne me remets que lentement, de sorte que j’ai beaucoup de travail en retard ; avec le climat d’ici, et surtout en plein été, c’est là une chose assez extraordinaire. On dit généralement que les rhumatismes sont causés surtout par l’humidité ; mais, comme beaucoup de gens, qui n’ont jamais bougés d’ici, où il n’y a aucune humidité, en sont cependant atteints, il faut croire qu’il y a autre chose...
Les remarques que vous avez faites au sujet de la lumière, des aliments, etc., sont vraiment bien étranges ; il serait curieux de savoir si c’est la même chose dans les autres pays de l’hémisphère Sud. Evidemment, il doit y avoir là quelque chose d’“inversé” ; mais, à part le fait du renversement des saisons, je n’ai jamais eu l’occasion de savoir par quels effets cela pouvait se manifester ; en tout cas, je comprends que toutes ces anomalies ne vous donnent pas une très bonne impression !
Il est possible aussi que, par suite de tout ce que les Européens ont détruit, il y ait là de ces “résidus psychiques” nocifs dont je parlais dans un de mes récents articles.
Qu’est-ce encore que cette histoire de réforme du calendrier ? N’oubliez pas de m’en reparler si vous avez d’autres informations là-dessus, de même aussi que pour la correspondance de Garibaldi, où il se peut tout de même qu’il y ait des choses curieuses.
Je vous reparlerai une autre fois de la Roumanie ; là aussi, il y a certainement des “résidus psychiques” qui se manifestent d’une assez singulière façon !
Je ne connais pas le livre du Dr Vannier sur Le diagnostic des maladies par les yeux, et je vous remercie de vouloir bien me l’envoyer. Je n’ai sur ce sujet qu’une brochure d’un médecin allemand dont le nom m’échappe (je ne le retrouve pas en ce moment) ; il n’y est pas question de la couleur, mais seulement des taches de l’iris, qui, suivant leur position, indiqueraient les différentes maladies. – Pour ce qui est de l’homéopathie, je connais des personnes qui en obtiennent de très bons résultats, d’autres sur qui elle ne produit absolument aucun effet, et d’autres encore chez qui elle provoque des réactions désastreuses ; il semble donc qu’il y ait là tout au moins quelque chose qui n’est pas “au point”.
Croyez, je vous prie, Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 29 октября 1937 г.
(перевод на русский язык отсутствует)