Le Caire, 2 mars 1938
Cher Monsieur,
Votre lettre du 17 février m’est bien parvenue la semaine dernière ; elle s’est croisée avec celle dans laquelle je vous parlais de la lettre de D. ; je vous demandais aussi comment il avait eu mon adresse ! J’espère que vous le rencontrerez de nouveau et que vous pourrez ainsi lui transmettre ma réponse, car plus j’y réfléchis, plus je pense qu’il vaut beaucoup mieux que je n’entre pas en correspondance directe avec lui…
Je tâcherai de répondre à vos questions sans trop tarder, et aussi à la dernière lettre de M. Vâlsan, ce dont je n’ai pas encore pu trouver le temps jusqu’ici… – Pour la correspondance du “coagula” et du “solve”, c’est bien en effet comme vous avez compris.
Pour aujourd’hui, il faut seulement que je vous transmette une question dont je suis chargé de la part d’A. K. Coomaraswamy. Il y a au Musée de Boston une monnaie de Michael Apafi, prince de Transylvanie, datée de 1677, et sur laquelle il est qualifié de Siculorum Coms
. Personne ne peut comprendre la signification de ce titre, car il est bien invraisemblable que cela ait un rapport quelconque avec la Sicile (qui d’ailleurs était un royaume et non pas un comté) ; y avait-il donc, ailleurs qu’en Sicile, un peuple portant ce même nom de Sicules, ou du moins dont le nom a pu être latinisé sous cette forme ?
S’il s’agit d’un peuple de quelque région roumaine, ce qui serait l’hypothèse la plus vraisemblable, sans doute connaîtrez-vous l’explication ; vous seriez bien aimable de me la donner dès que vous pourrez ; merci d’avance.
Autre chose dont il faut que je vous prévienne : il paraît que vous recevrez probablement quelques lettre de Mostaganem ; vous ferez bien de n’y répondre que d’une façon aussi insignifiante que possible et par des formules de pure politesse ; et même, si vous préfériez, ne pas y répondre du tout, cela ne pourrait pas avoir grand inconvénient. En effet, nous avons convenu avec Sidi Aïssa de réduire les relations de ce côté au minimum, car ce qui s’y passe maintenant est bien loin d’être satisfaisant ; tout y est sacrifié à des tendances exotériques et propagandistes que nous ne pouvons pas approuver du tout ; la rapidité avec laquelle cette dégénérescence s’est produite est même tout à fait extraordinaire. Heureusement que, par contre, tout va très bien à Bâle ; j’en ai eu encore d’excellentes nouvelles aujourd’hui même. – J’ajoute à ce propos que, pour éviter toute confusion qui serait plus ou moins fâcheuse dans les conditions présentes, Sidi Aïssa a décidé, d’accord avec moi, de reprendre l’ancien titre complet qui a été abandonné à Mostaganem depuis la mort du Sheikh : “Et-Tarîqah El-Alawiyah Ed-Derqâwiyah Eh-Shâdhiliyah” ; peut-être d’ailleurs en avez vous déjà été informé…
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 2 марта 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)