Le Caire, 14 décembre 1935
Cher Monsieur,
Je reçois aujourd’hui une nouvelle lettre de Clavelle, écrite cette fois après avoir examiné entièrement votre travail ; je mieux est que je vous transcrive exactement tout ce qu’il dit à ce sujet :
"Je juge bien difficile pour tout autre que l’auteur de faire les raccordements nécessaires d’une façon convenable ; la chose a d’autant plus d’importance que les articles sont destinés à faire un livre et que les répétions, s’il s’en trouvait, y seraient bien plus fâcheuses que dans une simple série d’articles. D’autre part, étant donné l’importance que prend ce travail, il est tout à fait impossible de le présenter sous la forme d’un travail unique avec la mention “à suivre” à chaque n°, ce qui obligerait à passer le tout sans aucune interruption ; nous aurions ainsi pendant 5 ou 6 mois des n os composés exclusivement de ce travail et de vos articles, ce qui n’est pas concevable. Je propose donc ceci : que M. Lovinescu reprenne lui-même son travail et le découpe en 5 ou 6 articles d’une dizaine de pages environ, portant chacun un titre différent, et que nous échelonnerons tout au long de l’année 1936, suivant les possibilités. Je m’engage à faire cette publication aussi rapidement que possible car je trouve ce travail du plus haut intérêt
. Il voudra bien, en outre, traduire en français les nombreuses citations latines contenues dans le dernier envoi, et qui rendraient tout le début inintelligible pour les lecteurs non latinistes. Je lui serais obligé aussi de mettre en italiques les mots empruntés aux langues étrangères au français, et entre guillemets les mots et expressions français auxquels il donne une signification technique. Je reverrai bien volontiers le nouveau travail au point de vue de la forme, et, dans ce cas, il me rendrait service en laissant une marge aux feuillets de son manuscrit. Naturellement, le titre de chacun des articles pourra disparaître dans le tirage à part dont les articles deviendraient des chapitres. – M. Lovinescu ne sera pas obligé de me renvoyer tout son travail d’un coup ; il pourra envoyer les articles successivement, dans l’ordre où ils devront paraître, quand il aura donné à chacun sa forme définitive. On donnera des instructions à l’imprimeur pour qu’il garde la composition en vue du tirage à part”.
Je regrette qu’il y ait tant de complications, mais, comme vous le voyez, elles sont dues en somme à ce qu’on veut publier votre travail sous la meilleure forme possible et à ce qu’on y attache un grand intérêt. – Comme je vous le disais la dernière fois, vous serez bien aimable de répondre directement à Clavelle et de lui dire s’il doit vous retourner votre manuscrit pour faire cette arrangement définitif, car je ne sais pas si vous en avez le double.
D’autre part, je vous confirme ce que je vous ai écrit pour la question des clichés et pour celle du tirage à part. Plus j’y repense, plus il me paraît qu’il serait bien préférable, si cela vous est possible, que vous fassiez l’avance des frais des clichés supplémentaires, que vous retrouveriez ensuite sur la vente du tirage à part ; cette illustration donnerait plus de valeur à celui-ci, qui en somme formera un véritable volume. – Il me semble aussi, à ce propos, que la partie concernant les monnaies serait difficilement compréhensible si on ne donnait pas la reproduction de tous les types différents dont il est question dans le texte.
En hâte, avec mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 14 декабря 1935 г.
(перевод на русский язык отсутствует)