Le Caire, 21 novembre 1933
Cher Monsieur,
J’ai bien reçu vos deux lettres, et aussi, dans l’intervalle, la fin des épreuves. Il est regrettable qu’aucune de mes précédentes lettres ne vous soit parvenue sans retard, les deux premières ayant été renvoyées à Rome alors que vous n’y étiez pas encore rentré, et les deux autres étant arrivées à Capri après votre départ. Mais voici qui est encore plus fâcheux : je viens d’être sérieusement malade, ce qui m’a empêché de vous récrire jusqu’ici ; une trop grande fatigue s’est portée sur les yeux, si bien que j’ai complètement perdu la vue pendant plusieurs jours ; et, bien que ce soit revenu maintenant, je ne peux pas encore travailler beaucoup sans ressentir de nouveau la fatigue. Voilà l’explication de mon retard, bien involontaire comme vous le voyez ; et, avec tout ce qui s’est accumulé depuis plus de trois semaines, je me demande maintenant comment je vais pouvoir en sortir et rattraper ce temps perdu...
Je reprends d’abord quelques points de vos lettres, en laissant de côté, naturellement, ceux qui me paraissent suffisamment éclaircis. – D’abord, pour le mot “ârya”, je ne pense pas que le sens que je vous ai indiqué (et qui est en tout cas le sens réel) ait été bien souvent envisagé par les Occidentaux, “positivistes” ou non ; en tout cas, ce qui n’est pas douteux, c’est que ce sont ceux-ci qui ont inventé la prétendue “race âryenne” (je crois que le premier qui ait employé cette expression doit être Ad. Pictet). Si vous voulez parler de “race spirituelle”, c’est évidemment autre chose ; mais alors le mot “race” ne devient-il pas impropre et ne risque-t-il pas d’être généralement mal compris ?
Pour la question de la célébration de la naissance ou de la mort, l’explication que vous envisagez est très plausible en effet ; en somme, cela pourrait être rapporté à la considération de deux sens inverses et complémentaires, l’un descendant et l’autre ascendant, qui interviennent aussi en bien d’autres choses.
Je vois que je ne m’étais pas trompé pour le “Wildes Heer”, tout au moins quant au sens premier ; mais je me demande comment il est possible de passer de là à l’autre sens, et si, pour ce dernier, la même expression existe bien authentiquement, je veux dire ailleurs que dans les constructions des “érudits” ; il me semble en effet qu’il s’agit là de deux choses toutes différentes. En tout cas, pour ce qui est de la première, je dois dire que ce n’est pas une simple “conception populaire”, mais bien (quelle qu’en soit d’ailleurs l’explication) un phénomène parfaitement réel et vraiment très curieux ; je l’ai constaté plus d’une fois, et d’autres personnes que je connais aussi.
Pour les soi-disant “primitifs”, je pensais bien que nous devions être d’accord ; mais, quant à la difficulté de trouver un autre mot, celui de “sauvages”, tout simplement, ne vaut-il pas beaucoup mieux ?
Les usages islamiques sont observés encore, non pas seulement en Égypte, mais également dans bien d’autres pays. Ce que vous dites pour la Turquie est exact, mais c’est là un cas d’exception ; la Turquie, du reste, n’a jamais représenté vraiment le monde musulman, et aujourd’hui elle s’en est exclue complètement.
Pour l’Hyperborée et l’Atlantide, il est bien exact qu’il y a là deux phases différentes dans l’ensemble de notre Manvantara, mais il y a eu d’autres phases intermédiaires. La période atlantéenne n’est pas tout entière dans le 2e âge, comme vous semblez le penser, mais en partie dans le 2e et en partie dans le 3e ; par contre, la période lémurienne qui l’a précédée se situe entièrement dans le 2e. – Quant à la non-distinction des castes dans le 1er âge, je pense qu’elle doit s’entendre d’une façon générale, pour l’ensemble de l’humanité de cette époque, dont les conditions d’existence étaient tout à fait différentes de celles que nous connaissons actuellement.
Je ne pense pas qu’il y ait intérêt à respecter la confusion vulgaire entre “sacerdoce” et “clergé”, bien au contraire ; et je crains bien que le nom de “royauté” donné à ce qui est le “sacerdoce” réel n’en ajoute une autre non moins fâcheuse. Ici, notre désaccord porte assurément moins sur le fond que sur la terminologie, mais je crois que cela a tout de même son importance. Vous avez d’ailleurs dû remarquer que je tâche toujours, autant que possible, de ramener les termes à leur sens premier ; s’il fallait accepter toutes les déformations dues à l’usage courant, il n’y aurait pour ainsi dire plus un mot qui soit susceptible d’exprimer des conceptions d’ordre supérieur.
Là où subsiste un désaccord plus fondamental, c’est pour le Bouddhisme, dont je ne m’explique pas que le caractère “démocratique” vous échappe ; sa négation des castes ne va pas “au delà” de celles-ci, mais “en deçà” ; et son hétérodoxie, à tous les points de vue, consiste, non dans de simples limitations, mais dans des négations formelles, puisqu’il rejette l’autorité du Vêda. Ce cas n’est nullement à comparer avec celui du Catholicisme : celui-ci n’est pas né d’une opposition à une tradition préexistante en Occident et toujours vivante, comme l’a fait le Bouddhisme par rapport au Brâhmanisme ; la meilleure comparaison qu’on pourrait trouver dans le monde occidental, c’est le cas du Protestantisme par rapport au Catholicisme. – Pour ce qui est du Mazdéisme, il est évident que ce schisme, beaucoup plus ancien, n’a pas les mêmes caractères que le Bouddhisme ; il est d’ailleurs possible qu’il y ait eu des “rectifications” ultérieures, comme cela est arrivé pour le Bouddhisme lui-même avec le Mahâyâna.
Pour ce que vous dites au sujet du panthéisme, de la réincarnation, etc., il est certain que, tout au moins depuis le début du Kali-Yuga, il a toujours pu y avoir de telles déviations dues à l’incompréhension ; mais, partout où l’esprit traditionnel a conservé une force suffisante, il les a empêchées de s’exprimer ou tout au moins de s’étendre ; et c’est pourquoi de semblables erreurs n’ont pu prendre une réelle importance que dans le monde moderne. – Je ne pense pas du tout que, soit dans l’Inde (y compris même le Bouddhisme), soit en Grèce avec l’Orphisme et le Pythagorisme, il ait jamais été réellement question de réincarnation ; cela, c’est l’interprétation moderne, due à ce qu’on ne sait plus, d’une part, comprendre les modes d’expressions symboliques, et, d’autre part, faire certaines distinctions essentielles quant à la constitution de l’être humain. Sur ce dernier point, je me permets de vous renvoyer à ce que j’ai expliqué assez longuement dans l’“Erreur spirite”, sur la différence entre métempsychose, transmigration, etc., et réincarnation.
Enfin, la soi-disant opposition entre Apollon et Dionysos me paraît si artificielle ; qu’il y ait eu là des “voies” différentes, ce n’est pas douteux, mais opposées, c’est autre chose. Là encore, il semble s’agir d’une interprétation moderne, que Nietzsche surtout a beaucoup contribuée à répandre.
Je passe maintenant aux quelques observations concernant la suite, que je viens seulement de pouvoir lire. – Je suis un peu surpris de votre appréciation concernant les Étrusques ; il est vrai que c’est là encore un sujet bien obscur, et il est probablement impossible de savoir ce qu’a été réellement leur tradition, non moins que leur origine même.
P. 289, je ne comprends pas ce que peut vouloir dire “patrum cicre porna” ; je pense qu’il s’agit peut-être d’une faute d’impression. – J’en profite pour vous en signaler tout de suite deux ou trois autres qui pourraient vous échapper : p. 291, l’initiale du prénom de Michelet n’est pas M, mais J (Jules) ; p. 294, ashwamedha est devenu adhmavera ; p. 321, dwêpa a été fait féminin à tort ; p. 331, il y a une notre qui est devenue à peu près inintelligible !
P. 291, je ne pense pas qu’on puisse parler de quelque chose qui soit “passé” des Chaldéens aux Hittites, parce que ces derniers n’étaient pas autre chose que des Chaldéens ; j’ai quelque part une note, que je ne peux malheureusement pas retrouver en ce moment, montrant, par une série de formes intermédiaires, l’identité incontestable des deux noms ; il est d’ailleurs à peu près certain que ce nom désignait beaucoup moins un peuple qu’une tradition.
P. 292, encore une question de terminologie, dont je crois que nous avons déjà parlé autrefois : le double emploi du mot “magie’ me paraît toujours susceptible d’amener de fâcheuses confusions ; pour ma part, je ne pourrais pas me résoudre à employer ce mot autrement que dans le sens inférieur. Du reste, il n’est peut-être pas inexact de voir une parenté, comme le veulent certains, entre “magie” et “mâyâ” au sens d’“illusion”.
P. 294, nous retrouvons les “jumeaux” ; puisque vous avez fait la modification, je n’y insiste pas.
P. 299, une impropriété qu’on rencontre souvent, mais qu’il vaut mieux éviter : “chiffres” pour “nombres” ; les chiffres ne sont que les signes d’écriture, rien de plus.
Pour ce qui concerne le Christianisme, nous avons comme pour le Bouddhisme (bien qu’en sens inverse), une différence de point de vue irréductible ; vous le savez d’ailleurs, et je ne veux pas y revenir encore. – Je vous signale seulement, p. 303, que la conception d’un “corpus doctrinale” qui se serait “construit” peu à peu est bien “moderniste”... – D’autre part, p. 304, on ne peut pas, dans le Judaïsme, parler d’“anthropomorphisme”, puisque c’est précisément pour l’éviter que toute représentation de la Divinité y est interdite ; on pourrait seulement parler d’“anthropomorphisme”, en ce sens qu’il y a des façons de parler qui, si on voulait les prendre à la lettre, attribueraient à Dieu des sentiments humains.
P. 306, la question de l’âme est vraiment une chose très étrange ; vous avez dû voir les allusions que j’y ai faites assez souvent, même en dehors de l’article que vous citez ; je regrette de ne pas pouvoir m’expliquer complètement là-dessus pas écrit. Il y a une phrase de Bossuet, je ne sais plus dans quel ouvrage, sur “une face hideuse de l’Évangile” ; je l’ai toujours associée au rôle de l’âme... Cependant, les figurations du “dieu à tête d’âne” n’ont rien à voir avec le “rédempteur” et ne sont pas chrétiennes, mais nettement “typhoniennes”. – Pour le rapprochement que vous faites entre Python et Typhon, je ne sais si vous avez remarqué que les deux noms sont exactement l’anagramme l’un de l’autre, ce qui n’est certainement pas fortuit.
P. 313, je ne crois pas qu’on puisse accuser le Catholicisme de “syncrétisme” ; il y a en lui un principe d’unité qui n’est pas niable, et qui est quelque chose de bien moins superficiel que cela.
P. 315, il y a une phrase qui m’étonne : “diritto de destituire e sconsacrare il clero indigno” ; “destituire”, cela se comprend dans peine, mais “sconsacrare” ? Il y a là une impossibilité pure et simple.
P. 319, à propos du marteau de Thor et des autres symboles équivalents (vajra thibétain, etc.), je ne sais si vous avez vu mon article sur les “pierres de foudre”, dans le “Voile d’Isis” de mai 1929.
Pour tout ce qui concerne les nations, l’humanisme, etc., il est inutile de dire que nous sommes entièrement d’accord. – Un mot encore qui risque de prêter à équivoque, c’est celui d’“illuministe”, que vous employez à plusieurs reprises (pp. 336, 345, 369), dans le sens “rationaliste” qu’il a reçu seulement au XVIIIe siècle, et surtout du fait des Illuminés de Bavière ; mais le sens premier, au contraire, se référait à l’intuition supra-rationnelle, et il aurait peut-être fallu une note pour signaler cette double significations.
P. 340, je ne pense pas qu’on puisse parler d’“isolés”, dès lors qu’il s’agit vraiment d’initiation (c’est même une des différences avec les mystiques) ; c’est encore la question de la chaîne dont nous avons déjà parlé.
P. 356, je ne m’explique pas le terme “pseudo-occultistes” ; ce dont il s’agit est bien l’occultisme, très authentiquement, et ce terme, qui n’a rien de traditionnel (il a été inventé par Éliphas Lévi), n’a jamais été fait pour désigner quelque chose de plus valable.
Au sujet de la note de la p. 365, je vous signale qu’il a des preuves indéniables que les “Protocols” sont une vulgaire mystification ; on en connaît à la fois les “sources” et les auteurs ; mieux vaudrait donc n’en pas parler. – L’énumération que vous donnez ensuite, pour montrer le rôle des Juifs, est quelque chose de plus sérieux ; vous auriez pu facilement l’allonger encore, citer par exemple Zamenhof, l’inventeur de l’“Esperanto” (ce qui a plus d’importance qu’on ne pourrait le croire), Durkheim, dont le “sociologisme” est très significatif, etc. – Quant à la “Maçonnerie internationale”, je dois vous dire très franchement que ce n’est qu’un mythe ; du reste, au point de dégénérescence où en est arrivée la Maçonnerie, les diverses organisations qui la représentent ne sont plus que de simples instruments à la disposition de quiconque veut s’en servir, fût-ce pour les buts les plus opposés.
Enfin, à propos de la p. 393, où il me semble que vous avez en vue certaines des choses que j’ai écrites, je dois vous dire ceci : je n’ai jamais cru à une restauration effective de l’esprit traditionnel en Occident sur la base du Catholicisme ; vous devez bien penser que je ne suis pas si naïf que cela ; mais, pour des raisons qu’il n’est malheureusement pas possible d’expliquer par lettre, il était nécessaire de dire ce que j’ai dit et d’envisager cette possibilité, ne fût-ce que pour établir une situation nette ; et cela a eu pleinement le résultat (négatif) que j’en attendais.
Il me reste à vous parler de la question de “Regime Fascista” ; ce que vous me dites à ce sujet me rassure : dès lors qu’il s’agit de quelque chose qui doit avoir un caractère de revue plutôt que de journal, il est évident qu’une bonne partie de mes objections, notamment au sujet de la signature, n’a plus de raison d’être ; et je comprends, par ailleurs, la raison qui vous empêche de signer vous-même les articles. Donc, si vous pensez qu’il vaut mieux qu’ils portent ma signature, je n’y vois plus le même inconvénient auquel j’avais pensé tout d’abord ; je pense que vous comprenez bien, du reste, que c’est effectivement une question de “signature” et rien de plus, car ce nom ne m’intéresse pas comme une sorte de “marque” pour ce que j’écris, en dehors de toute considération “personnelle” à laquelle je n’accorde aucune valeur ; et même je ne peux pas considérer un nom comme quelque chose de plus qu’une sorte de vêtement qu’on prend ou qu’on quitte suivant les circonstances... – Cette question étant donc réglée, il reste celle des articles eux-mêmes ; à cet égard, c’est une très bonne idée que vous avez eue de traduire, pour commencer, celui que je vous retourne ci-joint (je vais y revenir tout à l’heure). Quant au second article, il faudrait que vous me précisiez un peu ce que vous voudriez car, d’après ce que vous me dites, cela me semble un sujet si général et si étendu qu’il ne serait guère possible de l’enfermer dans la cadre d’un article. Il faudrait aussi que vous me disiez en même temps quand vous voudriez l’avoir approximativement ; l’ennui pour moi est toujours le manque de temps, et en ce moment plus que jamais, avec le retard que vient de me causer la maladie. – Quant à la question de la rétribution, vous devez penser que je n’ai jamais eu l’idée de “gagner” avec ce que j’écris ; mais il faut avouer que, en ce temps de crise, la moindre chose représente une aide qui peut être appréciable ; il me faut peu pour vivre, surtout ici, mais encore faut-il le trouver, et ce n’est pas toujours si facile (j’ai des maisons dont les dépenses, en réparation et impôts, dépassent régulièrement tous les ans le chiffre du revenu !)
Maintenant, quelques remarques sur votre traduction, qui est d’ailleurs très bien dans l’ensemble. – Je comprends les raisons qui vous ont fait modifier le titre ; le mot “spirituel” n’a que le tort d’être vague et souvent pris dans des sens bien différents, et aussi de ne pas s’opposer nettement à “profane” ; et puis, dans la suite, il sera peut-être difficile d’éviter toujours l’emploi du mot “initiatique” ; enfin, je laisse cela à votre appréciation. – Une chose plus grave, c’est la substitution (p. 3) de la “purification des métaux” au “dépouillement des métaux”, c’est-à-dire au fait que le récipiendaire quitte tous les objets métalliques qu’il porte sur lui ; il semble que vous ayez compris autre chose, car il s’agit là, vous le voyez, d’un symbolisme tout différent ; j’espère que vous pourrez trouver le moyen d’arranger cela. – P. 4, vous avez modifié la fin du premier paragraphe ; mais, avec la modification du titre lui-même, c’était en effet inévitable, et en somme cela peut aller ainsi, quoique cela affaiblisse quelque peu ce que j’ai voulu dire. – À part cela, je ne vois rien d’important à relever.
Je viens de recevoir deux n os de la “Nobiltà della Stirpe” (août-septembre et octobre) ; naturellement, je n’ai pas eu le temps de les voir encore.
J’ai eu des nouvelles de de Giorgio il y a quelque temps, mais assez mauvaises à tous les points de vue, santé, famille (vous savez sans doute qu’il a perdu son frère), situation, etc. ; il semble se fatiguer terriblement sans résultat appréciable, et je suis vraiment inquiet de voir que tout cela ne s’améliore pas.
Encore toutes mes excuses pour mon retard involontaire, et croyez toujours, je vous prie, à mes sentiments bien cordiaux.
René Guénon
Каир, 21 ноября 1933 г.
Уважаемый господин,
Я получил два ваших письма, и также финальную корректуру текста. Очень жаль, что все мои предыдущие письма дошли до вас с задержкой: первые два были отправлены обратно в Рим, когда вы ещё не вернулись туда, а два других прибыли на Капри уже после вашего отъезда. Но есть и более неприятные новости: я серьёзно заболел, и это не позволяло мне написать вам; сильное переутомление сказалось на глазах, и я полностью потерял зрение на несколько дней; и хотя сейчас оно вернулось, я всё ещё не могу много работать, не чувствуя при этом усталости. Вот объяснение моей, как видите, совершенно невольной задержки; и, учитывая всё, что накопилось за последние три недели я занят решением накопившихся вопросов...
Сначала я отвечу на некоторые вопросы из ваших писем, разумеется, пропустив те, что, на мой взгляд, уже достаточно прояснены. – Во-первых, в отношении слова ārya, я думаю, что смысл, на который я вам указал (являющийся, в любом случае, единственным подлинным), почти не рассматривался Западными людьми, «позитивистами» или нет; во всяком случае, нет сомнений что именно они придумали так называемую «арийскую расу» (я думаю, что первым, кто использовал это выражение, был Адольф Пикте). Если вы хотите видеть здесь именно «духовную расу», то это, разумеется, совсем другое дело; но разве слово «раса» не становится тогда неуместным и не рискует ли тогда всё выражение быть понятым неверно?
Что касается вопроса о праздновании рождения или смерти, то рассматриваемое вами объяснение действительно очень правдоподобно; в общем, это можно было бы отнести к рассмотрению двух противоположных и взаимодополняющих смыслов, нисходящего и восходящего, которые также присутствуют во многих других примерах.
Я вижу, что не ошибся касательно wildes heer [дикой охоты], по крайней мере в отношении первоначального смысла; но я задаюсь вопросом, как можно перейти от него к другому смыслу, и действительно ли для последнего существует то же самое выражение, я имею в виду где-либо ещё, кроме конструкций «эрудитов»; мне кажется, что мы говорим здесь о двух совершенно разных вещах. Во всяком случае, в отношении первого я должен сказать, что это не просто «народные представления» (как бы они не объяснялись), а совершенно реальное и действительно очень любопытное явление; я наблюдал его не раз, как и другие знакомые мне люди.
Что касается так называемых «примитивных [людей]», я надеялся, что мы придём к согласию; если трудно найти другое слово – разве «дикари» не подойдёт вам гораздо лучше?
Исламские обычаи соблюдаются до сих пор не только в Египте, но и во многих других странах. Сказанное вами о Турции верно, но это исключительный случай; Турция, к тому же, никогда по-настоящему не представляла мусульманский мир, а сегодня она полностью исключила себя из него.
Что касается Гипербореи и Атлантиды, то совершенно верно, что они относятся к двум разным фазам нашей манвантары, но были и другие промежуточные фазы. Атлантический период не полностью находится во 2-м веке, как вы, кажется, думаете, но частично во 2-м и частично в 3-м; с другой стороны, лемурийский период, предшествовавший ему, полностью находится во 2-м. – Что касается отсутствия каст в 1-м веке, я думаю, что это следует понимать в общем смысле для всего человечества той эпохи, условия бытия которого были совершенно другими по сравнению с известными нам в настоящее время.
Я не думаю, что есть смысл поддерживать вульгарное смешение понятий «священство» и «клир», как раз наоборот; и я очень боюсь, что слово royauté [царственность], применяемое к тому, что является именно «священством», привнесёт дополнительную, и не менее нежелательную путаницу. Здесь наше разногласие, безусловно, касается не столько сути, сколько терминологии, но я считаю, что это всё же значимо. Вы, должно быть, заметили, что я всегда стараюсь, насколько это возможно, возвращать словам их первоначальный смысл; если бы пришлось принимать все искажения, вызванные общепринятым употреблением, то не осталось бы почти ни одного слова, способного выразить концепции высшего порядка.
Похоже, фундаментальное несогласие у нас с вами сохраняется в отношении буддизма, чей «демократический» характер, как мне кажется, вами не замечается; его отрицание каст происходит не «вне», а «под» ними; и его гетеродоксальность, с любой точки зрения, состоит не просто в ограничениях, а в прямом отрицании, поскольку он отвергает авторитет Вед. Это соотношение ни в коем случае нельзя сравнивать с католицизмом: он не возник в результате противостояния предшествующей традиции на Западе, которая была бы при этом жива, как было в случае буддизма и традиции Вед; более удачный пример из Западного мира здесь, – протестантизм по отношению к католицизму. Что касается маздеизма, то очевидно, что этот гораздо более древний раскол не имеет тех же характеристик, что буддизм; кроме того, возможно также, имели место последующие «исправления», как это произошло в буддизме с появлением махаяны.
Относительно того, что вы говорите о пантеизме, реинкарнации и т. д., несомненно, что, по крайней мере, с начала Кали-юги, могли появиться подобные вызванные непониманием отклонения; но там, где традиционный дух сохранял достаточную силу, он препятствовал их выражению, или, по крайней мере, распространению; вот почему подобные ошибки смогли получить реальное значение только в современном мире. – Я совсем не думаю, что в Индии (включая даже буддизм), или в Греции с орфизмом и пифагорейством когда-либо действительно шла речь о реинкарнации; это современная интерпретация, обусловленная с одной стороны, современным непониманием способов символического выражения, а с другой – непониманием сущностных различий компонентов человеческого существа. По второму пункту позвольте направить вас к подробным объяснениям в работе «Заблуждение спиритизма» о разнице между метемпсихозом, трансмиграцией и т. д. и реинкарнацией.
Наконец, так называемое противостояние между Аполлоном и Дионисом кажется мне крайне искусственным; существование разных «путей» здесь несомненно, но их противопоставление – это нечто другое. Видимо речь идёт о только современной интерпретации, для распространения которой особенно много сделал Ницше.
Теперь я перехожу к нескольким замечаниям относительно продолжения, которое я только что смог прочитать. – Я немного удивлен вашим восприятием этрусков; действительно, это также очень неясная проблема, и, вероятно, невозможно узнать, какова была их настоящая традиция, не говоря уже об их происхождении.
Стр. 289, я не понимаю, что может означать patrem ciere poren; это кажется опечаткой. Воспользуюсь возможностью сразу же указать вам ещё на две или три, которые могут ускользнуть от внимания: стр. 291, инициал имени Мишле не М, а Ж (Жюль); стр. 294, aśvamedha превратилась в aśvmaveda; на стр. 321 слово dvīpa ошибочно употреблено в женском роде; на стр. 331 смысл наших слов стал почти непонятным!
Стр. 291, не думаю, что можно говорить о чём-то, что «перешло» от халдеев к хеттам, потому что хетты это и есть халдеи; где-то у меня есть заметка, которую я, к сожалению, не могу найти в данный момент, показывающая с помощью ряда промежуточных форм неоспоримую идентичность двух имен; к тому же, почти наверняка это имя обозначало не столько народ, сколько традицию.
Стр. 292, ещё один вопрос терминологии, о котором, я думаю, мы говорили ранее: двойное использование слова «магия» всегда, как мне кажется, может привести к досадным путаницам; со своей стороны, я бы не смог решиться использовать это слово иначе, как в низшем смысле. В остальном, возможно, не будет ошибкой видеть обнаруживаемое некоторыми родство между словами «магия» и «майя» в смысле «иллюзии».
Стр. 294, мы снова видим «близнецов»; поскольку вы уже вносили изменения, я более не настаиваю на этом.
Стр. 299, неточность, которая часто встречается, но которой лучше избегать: «цифры» вместо «числа»; цифры – это всего лишь знаки письма, не более того.
Что касается христианства, то у нас здесь, как и в случае с буддизмом (хотя и в противоположном отношении), есть неустранимое различие в точках зрения; впрочем, вы уже знаете об этом, и я не хочу повторяться. – Просто отмечу, что упомянутая на стр. 303 концепция «доктринального корпуса», который «постепенно выстраивался», весьма «модернистская» ... – Также, на стр. 304, в иудаизме нельзя говорить об «антропоморфизме», поскольку именно для того, чтобы избежать его, любое изображение Божественного в нём запрещено; можно говорить только о «персонификации» в том смысле, что есть способы выражения, которые, при буквальном понимании, приписывали бы Богу человеческие чувства.
Стр. 306, вопрос об осле – действительно очень странный; вы, должно быть, видели, что я достаточно часто ссылался на него, даже помимо цитируемой вами статьи; сожалею, что не могу полностью объяснить это в письменном виде. Есть фраза Боссюэ, не помню уже в каком произведении, о «отвратительном лице Евангелия»; мне всегда казалось, что имеется ввиду именно осёл... Однако изображения «бога с ослиной головой» не имеют ничего общего с «искупителем» и являются не христианскими, а явно «тифоническими». Что касается параллели, которую вы проводите между Пифоном и Тифоном, то не знаю, заметили ли вы, что оба имени являются точной анаграммой друг друга, что, конечно, не случайно.
Стр. 313, я не думаю, что возможно обвинять католицизм в «синкретизме»; в нём есть принцип единства, который нельзя отрицать, и который является гораздо более глубоким, чем любой синкретизм.
Стр. 315, есть фраза, которая меня поражает: diritto de destituire e sconsacrare il clero indegno [ит. «право увольнять и лишать сана недостойных свяшеннослужителей» – прим. пер.]; destituire как наказание – вполне понятно, но sconsacrare? В этом есть простая невозможность.
Стр. 319, в связи с молотом Тора и другими эквивалентными символами (тибетская ваджра и т. д.) не знаю, видели ли вы мою статью «Громовые камни» в Voile d'Isis за май 1929 года.
Относительно всего, что касается наций, гуманизма и т. д., излишне говорить, что мы полностью согласны. – Ещё одно слово, способное быть понято двусмысленно, – «иллюминат», вы употребили его несколько раз (стр. 336, 345, 369) в «рационалистическом» смысле, который оно получило только в XVIII веке и, прежде всего, благодаря баварским иллюминатам; но первоначальный смысл, напротив, относился к сверхрациональной интуиции, и, возможно, стоило бы сделать примечание чтобы указать на это двойное значение.
Стр. 340, я не думаю, что можно говорить об «одиночках», когда речь действительно идёт об инициации (что также отличает её от мистики); это опять же вопрос о цепи передачи, о которой мы уже говорили.
Стр. 356, я не понимаю термин «псевдооккультисты»; то, о чём мы говорим и есть оккультизм, причем весьма настоящий, и сам этот термин, не содержащий ничего традиционного (его придумал Элифас Леви), никогда не использовался для обозначения чего-то более подлинного.
Относительно примечания на стр. 365, сообщаю вам, что есть неопровержимые доказательства того, что «Протоколы» – вульгарная подделка; известны и её «источники» и авторы; поэтому лучше вообще не упоминать о них. – Список, приводимый вами далее, чтобы показать роль евреев, – нечто более серьёзное; вы могли бы легко его расширить, например, упомянув Заменгофа, изобретателя «эсперанто» (что важнее, чем можно было бы подумать), Дюркгейма, чей «социологизм» очень показателен, и т. д. – Что касается «Международного масонства», должен сказать вам совершенно прямо, что это всего лишь миф; кроме того, в состоянии вырождения, до которого дошло масонство, различные организации, которые его представляют, есть лишь инструменты в руках того, кто хочет их использовать для каких угодно целей.
Наконец, относительно стр. 393, где, как мне кажется, вы подразумеваете то, о чём писал я. Должен сказать вам следующее: я никогда не верил в действительное возрождение традиционного духа на Западе на основе католицизма; вы должны понимать, что я не настолько наивен; но по причинам, которые, к сожалению, невозможно объяснить в письме, необходимо было сказать именно то, что я сказал, и рассмотреть эту возможность, хотя бы для того, чтобы установить ясность; и это привело в точности к тому (полностью отрицательному) результату, которого я ожидал.
Мне осталось поговорить с вами о вопросе regime fascista [фашистского режима – прим. пер.]; то, что вы сообщили мне по этому поводу, успокаивает меня: поскольку речь идёт о чём-то, что должно иметь характер журнала, а не газеты, очевидно, что большая часть моих возражений, в частности относительно подписи, больше не имеет смысла; к тому же я понимаю причину, мешающую и вам самому подписывать статьи. Итак, если вы считаете, что лучше если они будут подписаны моим именем, я больше не вижу в этом тех неудобств, о которых подумал сразу; думаю, что вы хорошо понимаете, что это действительно вопрос «подписи» и ничего более, потому что это имя интересует меня только как своего рода «марка» для того, что я пишу, вне любых «личных» соображений, которым я не придаю никакого значения; и даже я не могу рассматривать имя как нечто большее, чем своего рода одежду, которую надевают или снимают в зависимости от обстоятельств... – Итак, этот вопрос решен, остается вопрос самих статей; в этом отношении было бы отлично если бы вы перевели для начала ту, которую я вам направляю во вложении (я вернусь к ней чуть позже). Что касается второй статьи, мне нужно, чтобы вы немного уточнили, что именно хотите рассмотреть, потому как, судя по вашим словам, это настолько общая и обширная тема, что её вряд ли возможно рассмотреть в одной статье. Также прошу вас обозначить, когда вы ожидаете получить ответ; для меня нехватка времени является проблемой всегда, но сейчас сильнее чем когда-либо из-за промедления, вызванного недавней болезнью. – Что касается вопроса об оплате, вы должны понимать, что я никогда не думал «зарабатывать» своими работами; но нужно признать, что в наше кризисное время самая малая помощь может быть ощутимой; мне нужно немного, чтобы жить, особенно здесь, но и это ещё нужно найти, что не всегда так просто (у меня есть дома, расходы на ремонт и налоги по которым ежегодно превышают доходы!).
Теперь несколько замечаний по поводу вашего перевода, который в целом очень хорош. – Я понимаю причины, по которым вы изменили название; слово «духовный» имеет недостаток в некоторой расплывчатости и может пониматься в совершенно разных смыслах, также не противопоставляется чётко «профанному»; также, в дальнейшем, возможно, будет сложно всегда избегать употребления слова «инициатический»; в конце концов, я оставляю это на ваше усмотрение. – Более важно – замена (стр. 3) purification des métaux [очищения металлов – прим. пер.] на dépouillement des métaux [обнажение металлов – прим. пер.], речь здесь о том, что посвящаемый оставляет все металлические предметы, которые имел при себе; похоже, вы поняли что-то другое, потому что, как вы видите, речь о совершенно другом символизме; надеюсь, вы найдёте способ это исправить. – Стр. 4, вы изменили конец первого абзаца; но с изменением самого заголовка это действительно было неизбежно, в целом можно оставить так, хотя это несколько ослабляет то, что я хотел сказать. – Кроме этого, я не вижу ничего важного, на что можно было бы обратить внимание.
Я только что получил два номера Nobiltà della Stirpe (август-сентябрь и октябрь); разумеется, у меня ещё не было времени их просмотреть.
Некоторое время назад я получил новости от де Джорджио, но они были довольно плохими во всех отношениях: здоровье, семья (вы, наверное, знаете, что он потерял брата), положение и т. д.; он, кажется, ужасно устает без ощутимого результата, и я действительно беспокоюсь, что ситуация не улучшается.
Ещё раз приношу свои извинения за мою непреднамеренную задержку и, заверяю вас в моих самых сердечных чувствах.
Рене Генон