Le Caire, 24 septembre 1950
Cher Monsieur et ami,
Nous venons d’avoir la visite du secrétaire de M. Madero, qui nous a remis les papiers que celui-ci lui avait envoyés pour nous ; je ne sais trop pourquoi il a tant tardé, mais enfin tout est bien ainsi ; il y a là des renseignements que nous attendions pour un travail assez urgent qu’il n’était pas possible d’entreprendre avant de les avoir. M. Madero dit qu’il compte venir lui-même ici en décembre ; si vous avez d’ici là quelques ouvrages intéressants à me faire parvenir, il pourra naturellement se charger de me les apporter.
Mme de St Point est venue nous voir il y a déjà 3 semaines, et elle s’est acquittée de la commission dont vous l’aviez chargée pour nous ; elle dit être étonnée de n’avoir pas eu de réponse à la dernière lettre qu’elle vous avait envoyée pendant qu’elle était en France ; l’avez-vous reçue ? Elle se plaint toujours, notamment au sujet de sa santé, qui nous paraît cependant aussi bonne que possible, mais vous savez comment elle est ; elle dit que, pendant toute la durée de son séjour dans le Midi, elle a eu continuellement à souffrir de la pluie et du vent…
Vous avez sans doute appris que notre ami Allar a perdu sa mère au début de ce mois-ci ; le voilà donc encore avec un nouveau deuil, mais il est vrai que, dans l’état où elle était et qui ne laissait aucun espoir d’amélioration, ce doit être plutôt une délivrance…
S. A. B. m’a dit ces jours-ci que vous lui aviez demandé s’il pourrait se charger d’une commission pour moi (je ne sais pas de quoi il s’agit exactement), mais qu’ensuite il ne vous avait pas revu ; à vrai dire, je crois que, surtout maintenant, il n’y a pas beaucoup à compter sur son obligeance, et, bien qu’il fasse comme si rien ne s’était passé, nous ne savons que trop bien à quoi nous en tenir… – Je ne vous parle pas des récents incidents, car je pense bien que Vâlsan vous tient toujours au courant ; il semble malheureusement que tout cela soit encore bien loin d’être terminé !
Vous serez bien aimable de penser que Rouhier doit vous remettre les droits du 1er mille du “Symbolisme de la Croix”, ainsi que la moitié de ce qu’il a reçu de Laterza ; je ne sais pas s’il y a actuellement quelque chose à revenir sur la vente des autres volumes. – Je crois que c’est le mois prochain que Gallimard devrait régler ses comptes ; Allar a appris, à son dernier voyage à Paris, que le “Règne de la Quantité” était épuisé et qu’on se préparait d’en entreprendre incessamment une 3e édition ; je ne me rappelle plus si je vous l’ai déjà dit. – Je ne sais plus du tout où Chacornac peut en être maintenant ; ce qui est tout à fait extraordinaire, c’est que je n’ai reçu aucune lettre de lui depuis le mois de mars, alors qu’il avait l’habitude de m’écrire régulièrement à peu près chaque mois ; je n’arrive pas à deviner quelles peuvent être les raisons de ce silence.
Êtes-vous toujours sans nouvelle du notaire ? Il n’est pas possible que cette situation se prolonge ainsi indéfiniment ; voudriez-vous avoir l’obligeance de lui demander encore qu’il vous envoie tout au moins un relevé de ses comptes pour qu’on sache où cela en est ?
À bientôt de vos nouvelles, j’espère ; mes meilleurs vœux à l’occasion de l’Aïd (nous sommes déjà au 3e jour), et bien cordialement.
René Guénon
Каир, 24 сентября 1950 г.
(перевод на русский язык отсутствует)