Le Caire, 18 août 1950
Cher Monsieur et ami,
J’ai été très heureux de trouver quelques lignes de vous à la suite de la lettre de S. Mustafa arrivée ce matin ; cela m’a rassuré, car votre silence prolongé, que j’excuse d’ailleurs bien volontiers, me faisait un peu craindre que vous ne soyez souffrant.
Il semble que M. Madero soit assez difficile à trouver depuis qu’il a acheté une propriété près de Fontainebleau, car il a hâte de s’échapper de Paris dès qu’il est libre ; Clavelle l’a cependant vu il y a peu de temps, mais Maridort a cherché dernièrement plusieurs fois à le rencontrer sans pouvoir y réussir. Quoiqu’il en soit, j’avais su que vous lui aviez remis le texte dont vous parlez, mais depuis lors, je n’ai pas encore eu la visite de Ruggiero ; celui-ci semble d’ailleurs quelque peu négligent, car précédemment, il a beaucoup tardé à s’acquitter d’une autre commission ; enfin, espérons que ce sera pour bientôt…
Je pense que vous me parlerez des nouvelles que vous avez eues de Mme de S t
Point ; son secrétaire nous a dit qu’elle comptait rentrer vers la fin de ce mois-ci au plus tard ; d’après les lettres qu’il avait reçues d’elle, il semble qu’elle continue toujours à voir tout en noir, qu’il s’agisse de sa santé, de la température, des événements ou de n’importe quoi ; pourtant, nous avons eu toute cette année l’impression qu’en réalité elle se portait mieux qu’avant.
Vous savez sans doute que le “Symbolisme de la Croix” est paru depuis à peu près 2 mois ; si Rouhier ne vous fait pas de lui-même le versement des droits ces temps-ci, vous serez bien aimable de le lui rappeler ; il se peut d’ailleurs qu’il soit actuellement en vacances. – Allar, qui est allé à Paris le mois dernier, a appris chez Gallimard qu’on allait mettre en train dès maintenant une 3e édition du “Règne de la Quantité” ; c’est là une bonne nouvelle à laquelle je ne m’attendais pas si tôt.
S. Mustafa vous aura sans doute mis au courant des multiples incidents de ces derniers temps ; tout cela semble en voie de s’arranger dans une certaine mesure, mais je ne suis tout de même toujours pas très rassuré sur ce qu’il en adviendra par la suite, surtout à cause de la fâcheuse influence du milieu suisse… – Au milieu de toutes ces histoires il est apparu que l’adresse des Pyramides n’était peut-être pas très sûre (sauf naturellement en ce moment où tout le monde est absent) ; je vous demanderai donc, à partir de maintenant, de m’écrire à l’adresse suivante:
Sheikh Abdel-Wâhed Yahya,c/o Mercerie Ramadân,5, Shara Saad Zafhbul,Gizah.
Il ne faut mettre que le nom d’A. W. Y., qui est du reste le seul officiel, celui de René Guénon y étant tout à fait inconnu et ne pouvant servir nulle part ailleurs qu’à la poste restante du Caire et au bureau des Pyramides. J’ai à peine besoin de vous dire que je voudrais que ce changement d’adresse postale, qui n’est que pour quelques personnes, ne soit pas connu en Suisse, non plus, bien entendu, que des habitants des Pyramides.
À bientôt d’autres nouvelles de vous, j’espère, et bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 26 октября 1950 г.
(перевод на русский язык отсутствует)