Le Caire, 22 août 1949
Cher Monsieur et ami,
Je viens seulement de recevoir votre lettre du 8 août, et j’ai d’ailleurs compris maintenant pourquoi elles sont si longtemps à me parvenir : c’est qu’on les envoie d’abord au bureau de Gizah, où elles restent probablement quelques jours en souffrance avant qu’on prenne la peine de les réexpédier aux Pyramides ; la même chose est arrivée aussi avec d’autres que vous. Pour éviter cet inconvénient, il n’y a qu’à supprimer la mention Gizah sur l’adresse et à mettre seulement près le Caire
. – Il n’est évidemment plus possible que je vous écrive à Châteauneuf, puisque vous devez l’avoir déjà quitté ; vous allez sans doute trouver, à votre retour à Amiens, ma réponse à votre précédente lettre, à moins que vous ne vous soyez fait réexpédier le courrier et qu’ainsi vous ne l’ayez déjà eu entre temps.
Je suis content de savoir que vous avez bien reçu le versement de Chacornac ; j’ai eu aussi une lettre de lui me disant qu’il vous avait fait cet envoi, qui comprend naturellement les 12.000 fr. dont je vous avez parlé.
Je ne sais pas combien de temps Mme de S t
Point va rester dans le Midi, et il serait bien à souhaiter qu’elle puisse prolonger ce séjour suffisamment pour que sa santé puisse se rétablir un peu ; en tout cas, il est bien entendu que vous n’aurez qu’à continuer à faire tout ce qu’elle vous demandera pendant ce temps.
En ce qui concerne le départ de M. Rocher, comme je vous l’ai expliqué longuement dans ma dernière lettre, une vente d’immeuble n’est certainement pas à envisager actuellement. Je pense donc qu’il n’y a qu’à accepter comme locataire la personne que connaît M. Rocher, si elle paraît convenable comme je le suppose ; on pourrait d’ailleurs, sans s’engager autrement, lui donner à entendre que, au cas où la vente deviendrait possible par la suite (et il me semble même qu’il n’y aurait pas d’inconvénient à lui dire la raison qui s’y oppose jusqu’à nouvel ordre), on serait disposé à lui donner la préférence sur d’autres acquéreurs.
Pour les affaires m’appartenant, merci de ce que vous voulez bien me proposer ; mais je pense naturellement que la personne en question sera disposée à accepter de louer la maison dans les mêmes conditions que M. Rocher. Il est vrai que, si la chambre était débarrassée, on pourrait peut-être demander un loyer un peu plus élevé ; mais, bien entendu, il faudrait pour cela que tout puisse tenir dans la mansarde, et je ne crois guère que ce soit possible sans dommage. Si des meubles ou d’autres objets risquaient d’avoir à souffrir plus ou moins de cet entassement (sans parler du poids, car je ne sais pas quelle peut être au juste la solidité actuelle du plancher), je préfère de beaucoup qu’on laisse les choses en l’état.
Je pense que Frithjof Schuon et sa femme doivent être à Paris en ce moment même, car, d’après ce qu’il me disait dans sa dernière lettre, ils avaient l’intention d’y séjourner du 20 au 27 août, après être allés voir son frère en Belgique.
Je suis étonné d’être toujours sans nouvelles d’Allar ; je ne sais plus si je vous ai déjà dit que j’ai su par Maridort qu’il était allé à Paris il y a à peu près un mois, mais qu’il n’avait pu y rester que 48 heures et avait dû s’occuper du déménagement de ses livres restés à S t
Leu.
Je veux croire que votre cure vous aura fait du bien, et que maintenant vous ne vous ressentez plus du tout de ces malaises dont vous m’aviez parlé il y a quelque temps.
Merci de vos bons vœux, et bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 3 февраля 1950 г.
(перевод на русский язык отсутствует)