Le Caire, 12 janvier 1949
Cher Monsieur et ami,
J’ai reçu hier votre lettre du 30 décembre ; merci de m’avoir envoyé cet article du P. Jean Daniélou dont je n’avais pas encore eu connaissance. Je dois dire que, de sa part, je me serais attendu à quelque chose de mieux ; il met tout ce qui se rapporte à l’Inde à peu près sur le même pied, ce qui est authentiquement traditionnel et ce qui ne l’est pas, d’où bien des confusions ; et je m’étonne aussi un peu de le voir ressortir cette histoire de “mystique naturelle” lancée jadis dans les “Études Carmélitaines” par des disciples de Maritain. Ce qui est curieux, c’est que tout ce qu’il dit sur la “sagesse naturelle” et sur l’“intelligence humaine” est tout à fait juste en soi-même ; seulement, en ce qui concerne la tradition hindoue, ce n’est nullement de cela qu’il s’agit… Il serait intéressant de savoir en quels termes il est avec son frère Alain qui s’est complètement rattaché à l’Hindouisme ; mais il est un peu difficile de poser la question à celui-ci, surtout par correspondance. – Vâlsan m’a signalé il y a quelque temps l’existence des “Dialogues” du P. Daniélou dont vous parlez, mais, comme il ne les avait pas lus, je n’en connais rien de plus que le titre. D’un autre côté, on me parle aussi d’un récent ouvrage de lui sur Origène, dont on me promet l’envoi, mais je suppose qu’il s’agit là d’un tout autre livre que les “Dialogues”.
Je pense que votre précédente lettre dont vous parlez doit être celle du 16 décembre, à laquelle j’ai répondu le 28 ; sans doute ma lettre vous est-elle arrivée maintenant.
J’espère, d’après ce que vous dites, que vous verrez bientôt Allar ; je suis un peu étonné de n’avoir rien de lui tous ces temps-ci, car je croyais qu’il m’aurait écrit après son voyage à Paris au milieu de décembre, dont je n’ai eu jusqu’ici que quelques échos indirects par Vâlsan et Maridort qui l’ont vu, de sorte que je ne sais pas encore au juste ce qu’il a pu faire pour les différentes affaires dont il devait s’occuper à ce moment-là chez les éditeurs.
Merci de vos bons vœux ; je vous renouvelle encore tous les miens.
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 15 мая 1949 г.
(перевод на русский язык отсутствует)