Le Caire, 19 octobre 1948
Cher Monsieur et ami,
J’ai reçu votre lettre du 29 septembre il y a déjà une dizaine de jours, mais j’ai voulu attendre, pour y répondre, d’avoir pu m’assurer que, de son côté, André avait bien écrit à son père ; je ne sais pas s’il y a réellement de sa faute là-dedans, mais il m’a semblé bien aussi que des complications auraient pu être évitées assez facilement ; enfin, l’essentiel est que cela soit finalement arrangé. – Je me demande comment vous avez su que votre télégramme n’était pas parvenu à destination ; est-ce la poste elle-même qui vous en a avisé ? Je ne comprends pas très bien cette histoire d’adresse, car je ne vois pas trop comment on pourrait donner l’adresse autrement dans une localité où il n’existe aucune indication de rues ; il ne s’agit d’ailleurs pas là d’une “poste restante”…
Pour ce qui est de M. Cazelles, je vois qu’il n’y a décidément rien à faire avec lui, car il y a vraiment une trop grande différence entre l’estimation qu’il prétend avoir fait faire et celle que vous avez eue de votre côté. Au juste, je vois que, à cause du délai forcé entre une vente et le versement correspondant, vous trouvez qu’au fond il serait préférable d’attendre que la situation soit un peu plus stable ; c’est bien ce que j’avais toujours pensé et Maridort me dit être aussi du même avis. – Dans ces conditions, il va de soi que l’évaluation approximative des parcelles de terre n’a rien d’urgent ; vous pourriez peut-être la demander tout de même quand vous en aurez l’occasion, pour que nous puissions du moins nous faire une idée de ce que cela représente.
Je n’ai jamais rien su d’Innes, sauf ce que m’a dit Vâlsan ; en tout cas, je crois que pour le moment il n’y a qu’à attendre, mais je ne m’explique pas qu’il ne m’ait pas écrit lui-même ; il est vrai qu’il n’a toujours écrit que bien rarement.
Merci d’être passé chez Chacornac ; je le savais par Maridort qui vous y avait rencontré, et, en même temps que votre lettre, j’en ai eu une de Chacornac lui-même me le disant également. Il me parle aussi de la faible vente de la “Grande Triade” ; son idée au sujet du titre me paraît plutôt bizarre et je ne crois pas que ce puisse être vraiment la cause ; en tout cas, il est bien évident qu’il n’est pas possible de changer cela maintenant, et d’ailleurs le remplacement de “triade” par “ternaire” qu’il envisage ne répondrait pas du tout à l’intention même du livre.
Je viens de recevoir enfin une lettre d’Allar, qui pense devoir rester encore un certain temps à Bruxelles, toujours à cause de sa mère naturellement. Il ne lui manquait de mes lettres que celle que j’ai adressée chez vous, et il a dû vous écrire à ce sujet ; bien que vous ne m’en parliez pas, je suppose que vous avez dû la garder jusqu’à un moment où vous pourriez la lui envoyer. Voici en tout cas son adresse : 37, avenue Alexandre Bertrand, Forest, Bruxelles.
J’ai été au courant du procès Ivanoff, mais je ne savais pas du tout qu’il était aussi arrivé une histoire du même genre à H. Durville…
Bien cordialement à vous.
René Guénon
P. S. : Merci de vous informer de ma santé ; je viens d’être sérieusement grippé, mais cela commence à s’arranger ; croiriez-vous que nous avons déjà eu [...] froid qu’on n’a ordinairement ici […] de l’hiver ?
Каир, 10 апреля 1949 г.
(перевод на русский язык отсутствует)