Le Caire, 28 juillet 1948
Cher Monsieur et ami,
J’ai reçu votre lettre du 2 juillet il y a déjà une quinzaine de jours, et j’aurais voulu pouvoir y répondre plus tôt, car j’ai bien des remerciements à vous adresser pour votre visite à Blois, ainsi que pour tout ce que vous avez fait pour les autres affaires ; mais vous savez que, en ce temps de Ramadân, on n’arrive pas à faire grand’chose… De plus, j’espérais aussi avoir différentes nouvelles avant de vous écrire, mais, jusqu’ici, je n’en ai pas encore eu beaucoup de celles que j’attendais. Cependant, je viens du moins de recevoir une réponse de Publiroc ; il paraît que ma lettre de l’an dernier ne leur est jamais parvenue. Ils disent vous avoir envoyé un chèque postal de 783 fr., représentant le solde des droits de “S t
Bernard”, et ils ajoutent ceci : “Publiroc songe à le réimprimer ; mais vous savez que les prix de fabrication sont dix fois au moins plus élevés qu’en 1939 ; les trésoreries des éditeurs sont un peu essoufflées.” Vous voyez qu’en somme ils ne s’engagent à rien ; nous n’en sommes donc pas plus avancés, et nous ne pouvons toujours pas savoir sur quoi compter pour cette réimpression.
Il paraît qu’Innes a été dernièrement à Paris et qu’il a vraiment essayé de vous téléphoner à plusieurs reprises ; je ne m’explique pas comment cela a pu se faire, car, bien que je ne sache pas la date exacte, c’est sûrement plus récent que votre retour à Amiens.
Mme de S t
Point m’a envoyé un mot de Lausanne, me disant qu’elle vous avait écrit à son arrivée à Marseille et qu’elle se proposait de le faire de nouveau après son retour en France ; j’ai appris hier qu’elle y était maintenant revenue depuis quelque temps déjà, et que malheureusement elle a eu pendant tout son séjour en Suisse un temps épouvantable qui n’a pas contribué encore au rétablissement de sa santé.
Vous ne me dites pas si vous avez vu Chacornac quand vous êtes allé à Paris et s’il vous a remis la somme qu’il m’avait indiquée comme disponible dans sa dernière lettre.
Pour la B. N. C. I., je vous retourne ci-joint le papier signé pour le transfert du compte à Amiens, ce qui vous permettra en effet de surveiller les choses plus facilement. Le montant des coupons oublié dans le relevé montre qu’il y a à peu près toujours autant de désordre dans cet établissement ! Je vois qu’il n’y a rien à faire pour le moment, mais, s’il y a quelques titres qui sont encore négociables, il n’y aura naturellement qu’à les liquider quand la chose deviendra possible ; je ne comprends pas pourquoi Humery ne l’a pas fait autrefois pour ceux-là aussi bien que pour les autres.
Je ne savais pas que M. Cazelles était le beau-frère de M. Gruais ; cela explique cette substitution de l’un à l’autre qui m’avait intriguée. L’offre qu’il vous a faite est véritablement dérisoire, mais il va de soi qu’il faut voir à quoi on pourra arriver par la suite ; en tout cas, puisque toutes les estimations concordent, je pense qu’il ne faudrait pas descendre au-dessous de 400.000 fr., ce qui actuellement ne représente pas encore une somme tellement considérable ; ce que vous me dites de l’état réel de la maison correspond bien d’ailleurs à l’idée que je m’en faisais. – Pour le transfert éventuel des fonds, je vois que ce qu’envisage M. Cazelles est bien en somme ce que j’avais supposé ; s’il devait y avoir des difficultés pour M. Lings, je ne vois malheureusement pas du tout qui d’autre pourrait bien s’en charger. Mme de S t
Point est la seule personne de nationalité française que je connaisse ici ; je ne crois pas qu’on puisse lui demander de s’occuper de cela elle-même, mais peut-être aurait-elle du moins quelque idée, et vous feriez sans doute bien de le lui demander pendant qu’elle est encore en France. De toute façon, il faudrait en ce cas que je n’aie qu’à envoyer un papier désignant la personne à qui les fonds devraient être adressés, car ici mon nom ne pourrait servir à rien, étant donné que les papiers officiels égyptiens sont naturellement rédigés en arabe comme vous le savez.
Je suis content que vous ayez pu avoir cette fois le compte du notaire ; je vois d’ailleurs qu’il ne lui reste pas une bien grosse somme après tout ce qu’il a eu à payer pour les impôts et autres choses. M e
Bounion devra sans doute avoir davantage, quoique, bien entendu, je ne puisse me faire aucune idée du montant des réparations qu’il a fait faire et qu’il a probablement déjà acquittées. Quoi qu’il en soit, je suis très heureux de savoir que, depuis qu’il s’en occupe, les choses ont commencé à s’améliorer sérieusement et à prendre une tournure plus normale à tous les points de vue. – Ce qu’il vous a dit au sujet du prix de location de la maison du jardinier doit être malheureusement vrai ; il faut espérer qu’il pourra trouver le moyen d’arranger cela. Quant à louer le jardin lui-même par parcelles aux locataires de la maison, cela me paraît être une chose tout à fait impossible, car lesdits locataires ne sont pas des cultivateurs, mais des ouvriers qui n’ont sûrement aucune envie d’avoir un morceau de jardin dont le loyer viendrait s’ajouter à celui de leur logement qu’ils ont souvent déjà bien de la peine à acquitter régulièrement…
Pour ce qui est des terres, je crois que c’est une excellente idée de demander au notaire l’indication du prix approximatif de chacune des parcelles pour le cas où il y aurait des occasions de vente ; si c’est toujours comme autrefois, certains des fermiers pourraient être disposés à en être eux-mêmes acquéreurs.
Pour la maison de la rue du Foix, c’est dommage que vous n’ayez pas pu faire le déménagement du placard humide, mais il faut espérer que Mme
Sauvage n’oubliera pas de s’en occuper. – M. Blanchet-Lorin est bien le couvreur qui a toujours fait toutes nos réparations, mais je ne savais pas s’il travaillait encore. – Le plus ennuyeux est l’affaissement du plancher du salon que j’ignorais ; comment pourra-t-on réparer cela sans occasionner de trop gros frais ? – Ce que vous me dites de votre visite au D r
Lesueur ne m’étonne pas du tout ; pour les choses d’ordre pratique, ce n’est sûrement pas sur lui qu’on peut compter !
Merci encore bien vivement, cher Monsieur et ami ; mes meilleurs vœux pour l’Aïd, et bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 19 октября 1948 г.
(перевод на русский язык отсутствует)