Le Caire, 5 mars 1946
Cher Monsieur et ami,
J’ai reçu hier votre lettre du 21 février ; je vois que, de votre côté, vous avez bien eu toutes les miennes, car je ne vous ai pas récrit depuis le 30 janvier.
Quoi que vous en disiez, je vous suis bien obligé de vouloir bien vous occuper ainsi de mes affaires, et je ne saurais trop vous en remercier ; je suis véritablement effrayé de voir combien tout est compliqué maintenant, et je ne sais comment je pourrais en sortir sans votre aide…
Vâlsan nous a informé de la solution qu’il avait en vue, et la réponse lui a déjà été envoyée ; il faut donc espérer que cela réussira sans trop tarder.
Merci pour l’indication de l’état de mon compte ; il y aura encore à y ajouter la somme qui a été retirée de la B. N. C. I. et qui a dû vous être envoyée peu après que vous m’avez écrit, sinon le jour même. – Malheureusement, la nouvelle dévaluation du franc, que j’ignorais, va encore causer une grosse perte… – Quant aux 15 livres, je n’en ai toujours aucune nouvelle, ce qui est assez extraordinaire et commence même à devenir inquiétant ; s’il n’y a encore rien d’ici un peu de temps, peut-être pourrez-vous faire une réclamation ; il me semble que, même si on s’était ravisé après coup, car tout est possible, et si par suite cet envoi s’était trouvé arrêté en route, vous devriez tout au moins pouvoir vous le faire restituer.
Merci d’avoir écrit au notaire ; espérons que cette fois il va tout de même consentir à se remuer un peu ! Naturellement, il faut attendre sa réponse pour savoir ce qu’il convient de faire au sujet des impôts, mais je vous remercie des explications que vous me donnez dès maintenant sur cette question et qui me rassurent un peu. Il va de soi que le “contrat de mariage” est une chose totalement inconnue ici ; si d’ailleurs il n’y a aucune justification à fournir en dehors de ce que vous m’indiquez, cela ne semble pas devoir faire de difficulté. Dans ces conditions, il est très possible qu’il n’y ait même aucune déclaration à faire ; et, même dans le cas contraire, cela se réduirait sans doute à bien peu de choses. – D’un autre côté, je n’ai naturellement ni bons du trésor ni autres choses de ce genre, et, en ce qui concerne le prétendu “enrichissement”, il n’y a que les sommes reçues par le notaire depuis 1940 qui pourraient rentrer dans cette catégorie, si toutefois les revenus des immeubles y sont compris en dépit des impôts dont ils sont déjà frappés normalement ; en tout cas, cela non plus ne serait pas bien considérable.
J’ai donné à Vâlsan quelques renseignements concernant la question des maisons et des terres et auxquels j’avais pensé à ce moment-là, craignant d’en oublier quelque chose par la suite ; bien entendu, je l’ai prié de vous les communiquer à une prochaine occasion.
Je vous remercie encore pour l’envoi des 3 livres ; je pense que je pourrai en effet en parler dans les comptes rendus des “Études Traditionnelles”, mais cela demandera un certain temps, car il me reste encore beaucoup d’“arriéré” (depuis 1940 !) et je tâche de suivre à peu près l’ordre chronologique. En tout cas, je tâcherai de vous en parler une prochaine fois ; avec tout ce qui concerne mes livres en cours d’impression, je n’ai pas pu lire grand’chose ces temps-ci, et ce n’est que ces jours derniers que je suis arrivé à préparer mon travail pour le 4e nº des “Études Traditionnelles” (le 3e doit être entièrement composé maintenant), ainsi qu’un article pour les “Cahiers du Sud” qu’on me réclamait avec insistance depuis bien longtemps déjà…
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 5 октября 1946 г.
(перевод на русский язык отсутствует)