Le Caire, 8 janvier 1946
Cher Monsieur et ami,
J’ai reçu il y a 3 jours votre lettre du 20 décembre ; peut-être, de votre côté, avez-vous maintenant celle que je vous ai écrite en réponse à la précédente, vers la fin de novembre.
Les nouvelles que vous me donnez m’ont consterné, car je ne m’attendais nullement à de pareilles exigences de la part de l’Office des Changes. Déjà, quelques jours plus tôt, j’ai reçu une lettre de la B. N. C. I.
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, me demandant aussi l’envoi d’un justificatif de résidence pour obtenir le classement de mon compte comme “compte étranger en francs” (je ne sais pas du tout ce que cela peut être ni quels avantages cela présente). Comme je l’ai écrit à notre ami Vâlsan, j’ai bien un tel certificat, mais il est déposé au Ministère de l’Intérieur, dans un dossier dont je ne puis le retirer actuellement, et il m’est impossible de m’en procurer un autre. Quant à la 2e prière qu’on vous demande, c’est là quelque chose qui apparemment n’existe pas ici (où d’ailleurs, en fait, je ne paie pas d’impôts) ; il semble qu’on s’imagine que les choses doivent être organisées partout de la même façon qu’en France ! – Dans ces conditions, je ne vois vraiment pas moyen d’en sortir, du moins par cette voie ; il est assurément regrettable qu’on ne vous ait pas dit cela plus tôt, car, pendant ce temps, nous aurions pu réfléchir déjà à ce qu’il convient de faire. Peut-être une autre voie, fût-elle indirecte, serait-elle en réalité plus facile et plus simple ; j’ai posé une question à ce sujet à Vâlsan, et je crois que le mieux est d’attendre sa réponse (il pourra d’ailleurs, bien entendu, vous en parler lui-même) ; ma lettre ayant été envoyée par avion, cela ne tardera sans doute pas beaucoup. Je vous assure que cela me rendrait un bien grand service si les choses pouvaient s’arranger le plus tôt possible…
J’ai écrit au notaire de Blois, en lui donnant votre adresse, pour le prier de vous faire parvenir les fonds qu’il a, puisque le versement à la B. N. C. I. n’avancerait à rien. Il est déjà fâcheux que Denoël ait fait son versement à ce compte, mais heureusement il ne s’agit pas d’une somme bien considérable.
J’ai été bien surpris en recevant de Chacornac les épreuves des “Aperçus sur l’Initiation”, alors que je croyais bien qu’il n’y avait plus aucun espoir que cela aboutisse avec lui. D’autre part, Allar m’a déjà envoyé plus de la moitié des épreuves des “Principes du Calcul infinitésimal”, et, dans sa dernière lettre, il m’annonce que la “Grande Triade” est également à l’impression dès maintenant à Nancy. Il semble donc que les 3 volumes doivent paraître à peu près en même temps, ce que je n’espérais pas ; mais, comme vous pouvez le penser, tout cela arrivant à la fois me donne bien du travail en ce moment !
Merci encore bien vivement de toute la peine que vous prenez pour moi, et bien cordialement à vous.
René Guénon
——————————[1] Banque National pour le Commerce et l’Industrie. [N.d.É.]
Каир, 8 апреля 1946 г.
(перевод на русский язык отсутствует)