Le Caire, 23 octobre 1938
Cher Monsieur,
Merci bien vivement de votre nouvel et important envoi, qui m’est arrivé hier. Sûrement, quand nous allons pouvoir avoir une maison à nous, ce sera pour moi un grand souci de moins ; aussi suis-je bien reconnaissant à tous ceux qui m’aident à arriver à ce résultat. Surtout avec l’instabilité de la situation en Europe, il n’est malheureusement pas inutile de prendre des précautions pour le cas où les communications viendraient à être interrompues… Espérons pourtant, puisque les choses se sont arrangées cette fois, que cela va pouvoir durer ainsi ; mais qui peut savoir combien de temps ? Je ne savais pas que vous aviez été atteint par la mobilisation ; il est heureux que du moins ce n’ait été que pour une courte période et que vous n’ayez pas été éloigné de chez vous.
Je me demande si l’entrevue Deb.-Humery a pu avoir lieu enfin cette fois ; ne manquez pas de m’en donner des nouvelles comme vous me le promettez.
Je suis heureux que mes explications sur la question de l’androgynat vous aient satisfait ; il s’agit en somme d’équilibrer le yin par le yang et réciproquement, et cela dans tous les domaines. Ce n’est d’ailleurs pas tant l’équilibre corporel qui est à considérer (pouvant plutôt être atteint à titre de conséquence que directement) que l’équilibre psychique, car l’homme et la femme ne diffèrent pas moins l’un de l’autre sous ce rapport ; il ne s’agit pas en cela, bien entendu, des différences superficielles et simplement psychologiques, mais de quelque chose qui est inhérent à la constitution même de l’individualité (ce qui ne veut pas dire que les éléments complémentaires non développés n’y existent pas aussi potentiellement, puisque sans cela l’équilibre serait évidemment impossible à réaliser).
Pour le cas de ceux qui suivent le pitri-yâna
, on peut sans doute parler en effet, comme vous le dites, d’une “descente aux enfers”, du moins au sens général de cette expression ; mais, pour préciser davantage, il faudrait peut-être faire encore certaines distinctions suivant les cas, car c’est là une question bien complexe et qui a des aspects multiples. En tout cas, il est évident que, pour passer à un autre état de manifestation, l’être laisse forcément derrière lui, à la façon d’une sorte de “cadavre psychique”, les éléments proprement constitutifs de l’individualité, qui ne répondraient plus à rien dans les conditions de cet autre état.
Pour les effets de la répétition d’un mantra, il n’est pas nécessaire en effet d’en connaître le sens, mais il faut qu’il y ait eu une transmission par laquelle il ait été vivifié. Autrement, et surtout dans le cas de quelqu’un qui appartient à une autre forme traditionnelle, s’il arrive que certains effets se produisent malgré tout, ils risquent fort d’être plutôt maléfiques…
Merci encore, et bien cordialement à vous.
Каир, 30 апреля 1939 г.
(перевод на русский язык отсутствует)