Le Caire, 23 septembre 1938
Cher Monsieur,
Merci bien vivement de votre lettre et de son contenu, et croyez que votre retard à m’écrire est bien excusé ; j’ai d’ailleurs eu aussi de mon côté de vos nouvelles indirectement de temps à autre dans l’intervalle… – Sûrement, la situation actuelle est loin d’être rassurante ; on dit cependant qu’il y a un peu d’amélioration ces jours-ci, mais pour combien de temps ?
Je suis heureux de savoir que vous avez réussi à intéresser encore d’autres personnes à mes livres, mais surtout de ce que vous me dites au sujet de Madame Caudron, et dont vous devez éprouver une bien grande satisfaction. Il faut pourtant que je vous mette en garde sur un point : la reconstitution de l’androgynat primordial ne peut pas résulter de la fusion de deux êtres différents, mais bien de l’équilibre des complémentaires que chaque être porte en lui-même (avec prédominance de l’un ou de l’autre dans l’état ordinaire) ; toute union extérieure ne peut être ici qu’une image ou une similitude, et rien de plus ; et toute autre façon d’envisager la chose ne relève que de rêveries “pseudo-mystiques” qui peuvent être parfois fort dangereuses…
Je pense qu’Humery doit être maintenant rentré à Paris et que Deb. pourra le rencontrer enfin à son prochain voyage ; il est d’ailleurs certain que la question, comme vous le dites, n’a guère qu’un intérêt plutôt théorique, et vous avez tout à fait raison de penser que cela montre bien encore qu’il n’y a plus de possibilités initiatiques réelles pour l’Occident en dehors du côté islamique.
Je me doutais bien, d’après le livre de van Rijuberk, qu’il ne devait rien avoir de transcendant ; quant à ce M. Derain, je ne sais rien de lui, bien qu’il me semble avoir déjà vu son nom quelque part. Ce qu’il vous a dit de mon “accaparement” de la revue est d’une assez belle ironie quand on sait que je suis le seul des collaborateurs qui reçoive une rétribution pour ses articles ! Quant à son projet, il doit bien y avoir là-dessous une intention de concurrence aux “Études Traditionnelles”, même s’il s’en défend ; je ne crois d’ailleurs pas que ce puisse être bien dangereux, mais, en tout cas, on ne saurait trop se méfier de tout ce qui vient de Lyon… – Je ne sais pas qui peut être ce Besson de Bordeaux ni comment il peut avoir mon adresse, mais il n’y aurait en effet rien d’étonnant à ce que cela vienne de Chauvet.
J’ai le livre de Louatron sur les messes noires, mais je ne le retrouve pas en ce moment ; n’est-il pas, en outre, plus ou moins spirite ? Je ne sais ce qu’il y a de vrai dans ce qu’il vous a raconté au sujet de Mme
J. Beauchamp, mais tout est possible dans ces milieux ; ce Lévrier (et non Lhéritier), qu’elle a adopté légalement et qui s’appelle maintenant Lévrier d’Hangst, et que j’ai connu autrefois notaire à Loudun, était (et doit être encore) un grand ami d’Oswald Wirth ; il a fait paraître avec elle, l’an dernier, une certaine “Revue des Temps Nouveaux”, aussi insignifiante que volumineuse, et qui a eu tout juste 3 n os
, après quoi on n’en a plus entendu parler…
Bien cordialement à vous.
Каир, 23 марта 1939 г.
(перевод на русский язык отсутствует)