Le Caire, 20 mai 1938
Cher Monsieur,
Votre lettre m’est arrivé il y a à peu près une semaine, et je m’excuse de n’avoir pas pu y répondre tout de suite ; la préparation de mes articles de juin en a été la cause ; c’est ainsi chaque mois, je ne suis jamais en avance !
J’avais déjà appris par Clavelle l’accident qui vous était arrivé en route ; il est vraiment heureux encore que vous vous en soyez tiré sans plus de mal ; cette histoire, comme vous le dites, paraît un peu singulière…
J’espère que vous pourrez réussir à avoir des nouvelles de Chabot lors de votre voyage à Royat, car sa disparition complète me semble véritablement inquiétante, et Clavelle aussi est bien de cet avis.
Quant à Allar, je ne savais pas qu’il devait retourner en Belgique ; est-ce momentanément ou pour y rester ? Franchement, ce qu’il a fait pour l’affiliation de son ami Roty me paraît être encore une belle maladresse, pour ne rien dire de plus ; ce n’est pourtant pas la peine de provoquer des incidents comme à plaisir. Je me demande comment S. Aïssa va prendre la chose ; si vous avez pu lui en parler avant qu’il ne voie Allar, il me semble qu’en somme cela vaut mieux… – À Bâle tout paraît marcher très bien en ce moment.
Pour ce qui concerne les projets du F∴ D., je continue à croire que leur réalisation risque de rencontrer bien des difficultés, dont la première sera de trouver 6 autres M∴ ayant l’esprit voulu ; ce n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire, et, étant donné surtout la mentalité “occultiste” du milieu où il pense sans doute les trouver, je crains fort qu’il n’ait bien de la peine à compléter le nombre… – Ensuite, il est certain que, en principe, une L∴ ∴ peut exister indépendamment de toute Obédience ; mais il ne l’est pas moins que, en fait, et dans les conditions actuelles, cette situation se heurte à des obstacles presque insurmontables. Comme il n’est guère possible d’expliquer tout cela par correspondance avec les précisions voulues, je pense que le mieux serait qu’il demande un rendez-vous à mon ami R. Humery, 28, rue de Liège, Paris (8e
), que je vais d’ailleurs prévenir, et qui pourra, mieux que quiconque, lui donner toutes ces explications.
Pour l’autre question posée par lui, il doit être bien entendu que les relations entre des organisations appartenant à des formes traditionnelles différentes ne sont jamais “de droit” et ne peuvent pas avoir un caractère “officiel”, si l’on peut employer ce mot en pareil cas. Même le fait qu’il y ait des membres communs peut n’avoir pas d’autres conséquences : ici, par exemple, il y a des membres de diverses turuq qui sont Maçons en même temps, mais cela ne va pas plus loin, et la Maç∴ n’a pas pour cela le moindre appui des turuq comme telles. Au surplus, il va de soi qu’une organisation ne pourrait demander un appui quelconque que si elle avait déjà des résultats valables et sérieux à présenter ; il est donc certainement beaucoup trop tôt pour envisager cette question et se demander sous quelle forme un tel appui serait possible ; la question même de la constitution, comme je vous le disais tout à l’heure, n’est déjà pas si simple en elle-même…
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments bien cordiaux.
Каир, 10 ноября 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)