Le Caire, 26 octobre 1937
Cher Monsieur,
Je pense que mon retard à répondre à votre dernière lettre est tout excusé, puisque Clavelle vous en a expliqué la raison ; j’ai bien cru que je ne me relèverais pas de cette extraordinaire crise de rhumatismes, et, à vrai dire, je n’en suis pas encore tout à fait remis, car la fatigue et les douleurs reviennent dès que je reste assis à écrire pendant quelques heures…
Je vous remercie de m’avoir donné des détails sur votre entrevue avec Schuon ; en somme, au point de vue de ce qui nous inquiétait, c’est assez rassurant ; je dois dire cependant qu’il ne m’a communiqué jusqu’ici aucun article, bien qu’il m’ait écrit il y a déjà un certain temps qu’il en avait plusieurs en préparation, et qu’il ait fait savoir récemment à Clavelle qu’il se proposait de lui en envoyer un bientôt ; espérons que cela ne soulèvera pas de nouvelles difficultés… D’un autre côté, certaines des choses qu’il vous a dites, notamment pour Clavelle, montrent que son caractère est toujours d’une susceptibilité excessive ; c’est certainement là ce qui rend si difficile d’éviter tout incident plus ou moins désagréable. – Mais ce qui actuellement est plus inquiétant (et lui aussi paraît s’en inquiéter fort), c’est ce qui se passe à Mostaganem, et dont vous avez sûrement dû avoir des échos par ceux qui y sont allés dernièrement. À cet égard, Muller paraît voir les choses trop “en noir”, mais les impressions de Meyer, plus “pondérées”, ne sont pas bien rassurantes ; l’état d’esprit qui règne dans ce milieu a changé bien fâcheusement, et si rapidement que cela est difficilement explicable ; si cela continue, la tendance “propagandiste” ne tardera pas à y étouffer tout reste d’esprit initiatique… Dans ces conditions, Schuon n’a sans doute pas tort de penser que le mieux sera de réduire les relations au minimum ; et, à cet égard, je me demande si le nouveau séjour d’Allar, surtout s’il doit se prolonger, ne risque pas d’avoir plus d’inconvénients que d’avantages, non seulement pour lui-même, mais aussi parce que j’ai l’impression qu’il faudrait assez peu de choses pour amener une rupture complète entre Mostaganem et Bâle, ce qu’il vaudrait mieux éviter si possible !
Je m’excuse de ne pas vous écrire bien longuement aujourd’hui, n’ayant pas voulu tarder davantage encore. – Le schéma que Schuon vous a remis me paraît bien, et en somme assez compréhensif. – Le dhikr s’accompagne toujours de mouvements rythmés, mais il est évident qu’il ne faut pas qu’ils soient exagérés et dégénèrent en une agitation plus ou moins violente, car c’est alors surtout que leur répercussion risque d’être limitée à de simples effets psychiques. – L’analogie dont vous parlez, au sujet de la question de vibration, avec les “nœuds” et les “ventres” des ondes, n’est pas tout à fait claire pour moi ; pourriez-vous m’expliquer votre idée un peu plus complètement ? En tout cas, pour l’état accompagnant parfois le dhikr et où, comme vous le dites, tout n’est que vibration, je vous prierai de vous reporter à mon article “Verbum, Lux et Vita”, car j’ai pensé spécialement à cet état en l’écrivant.
Tant mieux si Deb∴ en vient à des idées plus justes, mais je crois qu’il ne faut pas trop en espérer ; en tout cas, pensez à m’en reparler comme vous me l’annonciez. – Quant à Luc Benoist, je n’en entends plus parler ; son idée de rattachement n’a-t-elle pas eu de suite ?
Bien cordialement à vous.
Каир, 20 мая 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)