Le Caire, 3 décembre 1936
Cher Monsieur,
J’ai reçu aujourd’hui votre lettre, que j’attendais d’ailleurs, car Clavelle me l’avait annoncée. – D’autre part, j’avais déjà des nouvelles du voyage de Meyer à Amiens par lui-même ; il semble, lui aussi, avoir été enchanté de cette visite. Je suis content aussi de ce que vous me dites de votre correspondance actuelle avec Schuon ; tout semble donc aller pour le mieux de ce côté…
Malheureusement, ce qui est moins satisfaisant, c’est cette histoire de la lettre de P. Gentil ; ce que m’en avait dit Clavelle n’était pas suffisant pour que je puisse bien comprendre de quoi il s’agissait, et j’avoue que je suis tout à fait stupéfait de voir le motif qui a suscité cela, car il est bien évident qu’il n’y avait là, de la part d’Allar, qu’une simple plaisanterie qui ne pouvait guère être prise en mauvaise part ! Mais je crois bien que vous n’avez pas tort de penser qu’il y a là autre chose, et que la véritable cause de tout cela est plutôt ce qui se passe entre P. Gentil et Schuon, et dont je suis d’ailleurs encore assez ennuyé… P. Gentil avait cru pouvoir faire part de certaines réflexions à Jen., qui n’a rien eu de plus pressé que d’aller assez maladroitement les communiquer à Schuon, d’où mécontentement de celui-ci, et aussi de P. Gentil qui a bien vu par les réponses de Jen. ce qu’il en était. Là-dessus, juste en même temps que P. Gentil me faisait part de cette correspondance, Schuon, de son côté, m’envoyait un véritable “réquisitoire” contre P. Gentil, où reviennent encore les histoires d’Oesch et autres chose compliquées que je serais bien en peine de résumer ; et vous pouvez penser comme il est embarrassant pour moi de répondre à chacun sans risquer d’envenimer encore les choses… – Bien entendu, tout cela n’excuse pas la lettre de P. Gentil à Allar, ou du moins cela peut vous montrer que vous auriez tort de la prendre au tragique, et je ne vois pas pourquoi vous seriez obligés de considérer comme fondées les appréciations qu’il formule ainsi dans un mouvement de mauvaise humeur ; le mieux serait sûrement de ne pas vous en laisser affecter. Je ne m’explique pas qu’Allar surtout puisse en être troublé, à ce qu’en dit Clavelle, au point de vouloir même renoncer à collaborer aux “Études Traditionnelles”, ce qui n’a pourtant aucun rapport avec tout cela ; ce serait encore bien regrettable, et j’espère que, en y réfléchissant avec un peu plus de calme, il se rendra compte qu’une pareille décision ne serait nullement justifiée ! – Je prends note de votre suggestion de parler encore de l’“esprit initiatique”, quoique, au fond, cela se trouve déjà implicitement dans tout ce que j’ai écrit ; mais il est certain qu’il y a des choses qu’on ne précise jamais trop…
J’ai su en effet par Clavelle que Chabot était revenu à Paris ; il semble toujours un peu bizarre, et ses projets se modifient souvent !
Je n’ai pas encore pu lire entièrement les “Chamites”, ni l’“Histoire d’Autun” ; je vous en reparlerai donc plus tard. – En ce moment, la révision des diverses traductions anglaises et italiennes de mes livres me prend bien du temps…
Pour l’“Estoile Internelle”, je ne serais pas fâché non plus qu’on puisse savoir bientôt un peu plus exactement ce qu’il en est, car, jusqu’ici, les informations restent un peu dans le vague. – Quant à l’autre affaire, je ne pense pas qu’il puisse s’agir des Nosaïris, qui semblent passablement hétérodoxes ; c’est à eux que se rattachait Randolph, et tout cela donne l’impression d’une initiation déviée, comme aussi celle des Druses.
En hâte, bien cordialement à vous.
Каир, 26 октября 1937 г.
(перевод на русский язык отсутствует)