Le Caire, 27 avril 1936
Cher Monsieur,
Merci de votre lettre du 14 avril, ainsi que des coupons ; depuis jeudi que je l’ai reçue, je n’ai pas encore pu trouver le temps d’y répondre !
Je vous remercie aussi à l’avance pour l’envoi que vous m’annoncez ; je serai très heureux de pouvoir prendre connaissance de l’“Histoire de l’antique cité d’Autun” ; il me paraît y avoir là des choses fort intéressantes d’après ce que Clavelle en a cité autrefois ; je verrai aussi l’“Armature métaphysique”, et je vous dirai ce que j’en pense. J’espère seulement que vous ne serez pas trop pressé de ces livres, car il arrive bien souvent que des semaines se passent sans que j’aie le temps de lire quoi que ce soit ! – Sûrement, vous devez avoir d’autres livres qui m’intéresseraient aussi, mais je crois qu’il vaudra mieux attendre un peu pour reparler de cela ; si seulement je pouvais arriver à finir de mettre en ordre ce que j’ai ici, je serais peut-être tout de même un peu plus tranquille ensuite…
Je savais déjà par Clavelle que P. Gentil était resté plusieurs jours à Amiens ; je pense que lui aussi ne va pas tarder à m’écrire. Ce que vous me dites de lui confirme tout à fait l’appréciation de Clavelle ; malheureusement, c’est à peu près la seule chose satisfaisante en ce moment ! – Quant à Schuon, il a finalement dit à Préau qu’il n’osait pas m’écrire, parce qu’il avait peur de dire sur les uns ou les autres des choses qui risqueraient d’être mal interprétées ; décidément, ce n’est donc pas de son côté que je peux attendre de grands éclaircissements sur la situation ! Je ne croyais tout de même pas que les choses avaient fini par se gâter au point qu’il en soit arrivé à parler de “dissolution” ; franchement, je ne comprends pas du tout comment cela pourrait se justifier… Tout ce que vous m’apprenez est d’ailleurs bien extraordinaire et, je dois le dire, inattendu ; Je vous en remercie , car vous avez bien raison de penser qu’il est nécessaire que je sois informé de ce qu’il en est, si peu agréable que ce puisse être. Moi qui avais compté sur la fonction de Schuon pour me soulager un peu, voilà que c’est tout juste le contraire qui se produit et qu’il n’y a là pour moi qu’une source de nouvelles préoccupations ! – Le rôle d’Oesch est toujours loin d’être clair pour moi ; vous savez sans doute qu’il est à Paris en ce moment ; c’est d’autant plus singulier qu’il s’est marié dernièrement, ce que je viens seulement d’apprendre, et qu’il est venu seul pour un mois… Quant au mariage de Schuon, je ne m’explique pas comment le sort de l’Ordre peut y être lié d’une façon quelconque ; cette confusion entre les questions purement “personnelles” et les autres est toujours pour moi un sujet d’étonnement. Pour ce qui est de ses imprudences, elles s’expliquent sans doute par sa trop grande confiance en lui-même, qui m’a inquiété depuis longtemps déjà… – Si, à propos de l’oraison, c’est à mon ancien article qu’il a voulu faire allusion, qu’a-t-il bien pu penser en voyant celui-ci reparaître, précisé sur certains points, mais non pas changé quant au fond ?
Je me demande si, dans ma dernière lettre, je n’ai pas oublié de répondre à certaines choses ; si vous vous en apercevez, vous serez bien aimable de me les signaler de nouveau. Je ne suis pas comme Schuon, et j’avoue qu’il y a des moments où il m’arrive d’être vraiment fatigué…
Bien cordialement à vous.
Каир, 7 августа 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)