Le Caire, 17 avril 1936
Cher Monsieur,
Merci de votre lettre du 2 avril, que j’ai reçue avant-hier ; j’avais déjà eu des nouvelles de votre voyage à Paris avec Allar par Clavelle, et celui-ci me dit aussi que vous l’avez invité à aller à Amiens prochainement avec P. Georges.
Pour Préau, je ne sais pas du tout si la mort de sa mère va amener quelque changement dans son existence ; il avait manifesté plusieurs fois l’intention d’aller habiter les environs de Paris à cause de sa santé, mais il n’en a pas reparlé ces temps-ci.
V. Lovinescu m’a écrit à son retour à Bucarest ; il paraît content, mais un peu impatient d’arriver à des résultats qui ne peuvent guère s’obtenir aussi rapidement !
J’ai reçu aussi, ces jours derniers, une lettre de Jenny qui m’annonce sa rentrée à Bâle, mais qui ne m’apprend pas grand’chose d’autre.
Pour Meyer, il n’y a toujours que vous qui m’en ayez parlé ; je trouve aussi étonnant qu’on n’ait pas attendu qu’il ait eu le temps de pousser ses études un peu plus loin…
Voilà donc Schuon revenu à Paris ; il lui sera peut-être tout de même moins difficile d’y trouver une situation qu’ailleurs ; malheureusement, il est à craindre que sa négligence des choses extérieures ne lui fasse manquer des occasions, car je sais que cela est arrivé plusieurs fois. C’est regrettable qu’il soit ainsi pour tout ; il est vrai que, d’après ce que m’a dit A. Muller, il semble qu’il y ait là beaucoup de la faute de sa mère… Tout de même, cette absence de remerciements en vous quittant me stupéfait ; cela n’a certes rien d’oriental ; ici, on aurait plutôt une tendance à exagérer dans le sens contraire. D’un autre côté, ce que sa préparation à son rôle a pu avoir d’insuffisant ou de trop rapide serait certainement moins grave s’il avait un peu moins de confiance en lui-même, et surtout s’il n’y avait pas chez lui cette sorte de volonté de ne pas tenir compte de tant de choses qui ont pourtant bien leur importance… L’histoire des conférences à la salle Adyar en est encore un bel exemple ; comment peut-il ne pas voir quel parti certaines gens ne manqueraient pas d’en tirer contre nous ? Je vous assure que cela encore m’inquiète sérieusement ; il faudra empêcher à tout prix une pareille faute !
L’affaire du journal est-elle tout à fait terminée, ou seulement en ce qui concerne Schuon ? Si j’ai bien compris, Chabot a dû retourner à Paris aussi en même temps que celui-ci ; mais doit-il revenir ensuite à Amiens ? – Je pense que vous n’entendez plus parler du C te de Clermont-Tonnerre ; il doit être bien occupé par sa campagne électorale…
Ce que vous dites pour M. Avramescu paraît très juste ; quant aux thèmes astrologiques d’une façon générale, je me doute bien qu’il faudrait un gros travail pour en pousser l’examen jusqu’au bout.
Pour le moment des cérémonies initiatiques, il est exact que certaines organisations hindoues, et peut-être d’autres aussi, tiennent compte des influences astrologiques ; mais cela n’existe pas dans les organisations islamiques, ou du moins je n’en connais aucun exemple ; il y a là évidemment une question de “modalités” différentes.
L’impeccabilité peut, dans certains cas, être considérée comme attachée à une fonction plutôt qu’à un degré, mais cependant la remarque d’Allar n’est pas exacte : il est évident que, pour le jîvan-mukta tout au moins, les actes ne peuvent entraîner aucune conséquence ; et, même à des degrés très inférieurs à celui-là, il en est de même des actes accomplis avec un parfait détachement ; voyez à ce sujet la Bhagavad-Gîtâ
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Cela dit pour ne pas l’oublier par la suite, je reviens à Schuon : il a bien dit aussi à Préau qu’il allait m’écrire, mais je n’ai encore rien reçu jusqu’ici. En tout cas, la conversation que vous avez eue avec lui a tout de même remis un certain nombre de choses au point ; mais comment a-t-il bien pu s’imaginer que, si vous ou d’autres me tenez au courant de ce qui se passe, c’est pour le plaisir de raconter des histoires ? Et, s’il fallait à tout le monde 6 mois de réflexion avant d’écrire, je ne sais vraiment pas trop comment on ferait… Il faut espérer que cette explication l’amènera au moins à être plus prudent en ce qui concerne les admissions ; seulement, je pense qu’il n’ira pas jusqu’à me demander avis sur tous les candidats, d’autant plus que ce n’est pas précisément facile pour des gens qu’on n’a jamais vus et qu’on ne connaît que par correspondance. Il doit d’ailleurs être bien entendu que je ne veux absolument prendre la “direction” de quoi que ce soit, mais aussi que, quand il s’agit non de conseils individuels, mais d’indications ayant une portée générale, je ne peux pas me refuser à les donner dans la mesure du possible ; mais encore faut-il d’abord qu’on juge à propos de me les demander. – Enfin, il faut maintenant que j’attende ce que Schuon va m’écrire ; je vous en reparlerai donc une prochaine fois.
Bien cordialement à vous.
Merci pour les coupons.
Каир, 27 июня 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)