Le Caire, 14 février 1936
Cher Monsieur,
Reçu hier votre lettre des 1er
-6 février. – Merci pour les coupons.
J’espère que la venue de Schuon à Amiens n’aura pas eu de nouveau retard. Il me semble que ce travail chez un architecte lui conviendrait très bien, étant données ses connaissances en dessin ; il est donc à souhaiter que ce projet réussisse, et de façon durable. Je vous avoue que cette solution me paraît bien préférable à l’affaire du journal, dont l’échec, comme vous le dites, n’est peut-être pas à regretter… Quant à la nécessité pour lui de garder autant que possible son indépendance, inutile de vous dire que je suis entièrement de votre avis là-dessus !
Vous serez bien aimable de continuer à me tenir au courant ; je ne peux pas beaucoup compter pour cela sur Schuon, car il n’écrit que bien rarement et irrégulièrement… Il y a certainement des choses dont il aurait beaucoup mieux valu me parler tout de suite, comme l’affaire de Tahiti par exemple ; il paraît que, si on ne l’a pas fait, c’est qu’on craignait de m’ennuyer avec ces questions ; tout de même, la chose était assez importante pour qu’un tel scrupule soit peu justifié en pareil cas… D’autre part, depuis qu’A. Muller est venu ici, Burckhardt, après l’avoir vu, s’est décidé à m’écrire pour me demander des précisions sur différents points, et il promet aussi de me tenir désormais plus régulièrement au courant de ce qui se passe en Suisse. – Il est certain que mon éloignement peut être cause de quelques difficultés, mais, tout de même, on peut y remédier dans une certaine mesure par la correspondance. Pour ce qui est d’aller en France, je dois dire très franchement que je n’en prévois pas la possibilité d’ici longtemps peut-être encore ; les circonstances actuelles, à tous les points de vue, ne sont vraiment pas favorables aux longs voyages…
La dernière lettre que j’ai reçue de Clavelle est du 3 février, donc antérieure à votre voyage à Paris ; à ce moment-là, il n’avait pas encore vu Chabot Je vois que le retour de celui-ci à Amiens paraît moins vous inquiéter maintenant ; tant mieux s’il est si peu ambitieux et si facile à contenter… Comme je crois vous l’avoir déjà dit ses lettres m’avaient fait en somme une bonne impression, car non seulement elles n’avaient rien d’extravagant, mais il mettait beaucoup de discrétion à me demander quelques renseignements. Quant à ce que je lui avais promis, pour le cas où il aurait réalisé ses projets de voyage, cela se bornait tout simplement, dans ma pensée, à l’adresser à M. ou ailleurs suivant le cas, et c’est là qu’on aurait vu ce qu’il convenait de faire de lui…
Pour le C te de Clermont-Tonnerre, j’espère que vous pourrez arriver à être un peu mieux fixé sur le caractère et le but de ses missions ; je ne savais pas qu’il avait des propriétés en Afrique du Nord. L’histoire du sceau de son grand-père paraît assez curieuse ; mais, naturellement, il faudra pouvoir le déchiffrer pour savoir au juste ce qu’il en est. – La principale mesure de prudence, à mon avis, c’est de ne faire connaître ni noms ni adresses de membres de l’Ordre en Afrique du Nord, et, à plus forte raison, de ne donner aucune introduction auprès de ceux-ci ; il me semble que ce dont Schuon a pu se rendre compte par lui-même justifie suffisamment cette précaution.
Je serais content que Schuon ait pu voir Préau et Clavelle à son passage à Paris ; sans doute saurai-je cela bientôt. Sûrement, s’il reste à Amiens, bien des choses pourront, surtout grâce à vous, s’arranger plus facilement que dans le milieu Suisse ; mais je crois aussi comme vous qu’il y faudra un certain temps…
Tant mieux si Chacornac est satisfait pour la revue ; il y a pourtant eu encore des désabonnements, mais, d’après ce que me dit Clavelle, cela ne semble plus trop l’impressionner ! D’autre part, plusieurs personnes m’ont déjà exprimé leur satisfaction du changement de titre ; espérons que cela va faciliter un peu la diffusion.
Le “Symbolisme” publie en supplément le discours du F∴ Thoyot à l’inauguration de l’“Union Science et Foi” ; c’est d’un “laïcisme” effréné, et il y a là-dedans des choses véritablement inouïes !
Merci de vos explications au sujet de mon horoscope ; la publication des données a été faite par Chacornac à l’insu de tout le monde ; j’en ai même été assez contrarié, je l’avoue, et je me suis félicité de l’erreur de date… Je dois dire que la question des “influx stellaires” n’est pas bien claire pour moi ; en tout cas, les résultats que vous en tirez sont intéressants. Il se peut en effet que le fait de ne pas en avoir tenu compte explique l’insuccès de certaines interprétations ; mais je me demande cependant s’il n’y aurait pas encore autre chose : j’ai toujours pensé que l’heure figurant dans l’acte de naissance avait été donnée plus ou moins au hasard et qu’elle n’était pas exacte ; mais, s’il en est ainsi, il n’y a sans doute aucun moyen de rectifier la chose… – Le fait d’envisager Uranus et Neptune me paraît toujours une grosse objection contre l’astrologie moderne ; il me semble qu’il doit y avoir là-dedans un véritable malentendu sur la nature de ce que représentent réellement les influences planétaires.
Pour la question “vibratoire”, vous voudrez bien remercier Allar de ses précisions ; malgré celles-ci, je ne vois pas encore très bien pourquoi il peut y avoir tant de difficultés à concevoir un ébranlement produit et propagé dans un milieu homogène et continu ; il est possible qu’elles soient dues, comme il le dit, à certaines habitudes prises sous l’influence des théories scientifiques modernes… En tout cas, il est certainement toujours utile de me signaler tout cela, car je ne peux m’apercevoir par moi-même des difficultés de ce genre, et il est évident qu’il faut tâcher d’en tenir compte dans un exposé. Je me suis déjà aperçu assez souvent, par des réflexions qui m’ont été faites, que des choses qui me paraissaient aller de soi auraient eu en réalité besoin d’être expliquées davantage…
J’espère que vous aurez bientôt d’autres nouvelles à me donner ; soyez bien sûr que non seulement cela ne m’ennuie point, mais qu’au contraire je vous sais beaucoup de gré de me tenir ainsi au courant.
Bien cordialement à vous.
Каир, 9 марта 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)