Le Caire, 18 septembre 1935
Cher Monsieur,
Je viens de recevoir aujourd’hui même votre lettre du 10 septembre. – Merci pour les coupons qui y étaient joints.
Il n’est pas étonnant que vous n’ayez pas eu de nouvelles de Paris, tout le monde étant plus ou moins dispersé en ce moment. – M. Préau a quitté le Tyrol pour l’Allemagne ; j’ai de lui une carte de Munich, et il doit être maintenant à Berlin ; je ne sais pas encore quand il rentrera à Paris. – Clavelle m’écrit qu’il vient d’avoir une crise de néphrite très douloureuse, et il ne faisait que commencer à se lever ; il n’a vraiment pas de chance… – Je reçois aussi une lettre de Chacornac, rentré depuis quelques jours ; il paraît enchanté du nº d’août-septembre, dont il venait de donner le bon à tirer. Il m’apprend que la librairie Gamber, qui est une de celles dont vous m’aviez parlé il y a quelque temps, vient d’être mise en liquidation judiciaire…
M. Muller est ici depuis presque 2 semaines ; il s’est décidé très subitement à venir, alors que, pour ma part, je pensais qu’il aurait mieux valu que, comme vous-même, il remette ce voyage à un peu plus tard. Le plus fâcheux est qu’il se trouve assez fatigué ces jours-ci ; il attribue cela à la chaleur, alors que nous trouvons pourtant qu’il ne fait vraiment pas chaud en ce moment ; il faut croire que c’est une affaire d’habitude…
Je suis bien heureux de toutes les bonnes nouvelles que vous m’annoncez cette fois encore : la visite de Sidi Aïssa, l’impression produite chez vous, l’acceptation de vos amis, votre nouveau voyage à Bâle pour ces jours-ci, tout cela est parfait ! Je suis très content aussi de savoir que ce que vous avez en vue pour Sidi Aïssa lui convient et que la chose va pouvoir se faire prochainement ; il n’y a plus qu’à souhaiter, comme vous le dites, que le nouveau journal ait une existence durable. – Je n’ai pas eu d’autres nouvelles de lui depuis que je vous ai écrit ; je pense pourtant que ma réponse à sa dernière lettre, adressée à Bâle, a dû lui parvenir ; si je ne reçois rien d’ici quelques jours encore, il faudra que je lui récrive à Lausanne comme vous me l’indiquez.
Quant à ce qui s’est produit pour vous, je pense qu’il ne faut pas vous inquiéter de ces réactions physiques et psychiques, pour lesquelles l’explication que vous envisagez me paraît tout à fait juste. Vous avez grandement raison de ne pas vouloir aller trop vite, mais, quand des choses de ce genre se présentent sans que vous les ayez cherchées, il est évident aussi qu’il n’y a pas à les écarter… Sans doute, ces états ne peuvent avoir encore qu’un caractère en quelque sorte “préliminaire”, mais, en tout cas, ils indiquent sûrement un contact effectif avec la barakah de l’Ordre ; du moins, il ne me semble guère possible de les comprendre autrement. Peut-être aussi la préparation de votre local y a-t-elle été pour quelque chose ; il sera intéressant de voir si vous y ressentez constamment l’action d’une influence spéciale. Il est sans doute prudent de ne pas se prononcer trop vite, mais ici tout semble être d’excellente augure…
À bientôt d’autres nouvelles, j’espère, et bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 31 декабря 1935 г.
(перевод на русский язык отсутствует)