Le Caire, 30 août 1935
Cher Monsieur,
Tous mes remerciements pour votre nouvel envoi, auquel je ne m’attendais certes pas, si peu de temps après l’autre ! Et je vous prie de vouloir bien les partager cette fois avec M. Devîmes, car je crois bien deviner que c’est de lui qu’il s’agit…
Je suis fort heureux des bonnes nouvelles que vous m’annoncez en ce qui vous concerne ; je m’y attendais d’ailleurs, mais tous les détails que vous me donnez sont aussi favorables que possible. – Puisque vous me demandez un avis, je dois dire que la méditation est plus importante que les lectures, qui ne peuvent du reste que lui fournir un point de départ, et qu’il y a généralement avantage à ne pas trop multiplier pour éviter toute dispersion. Pour les rites, vous savez qu’ils ont une efficacité par eux-mêmes, mais il est bien évident que l’attention et la concentration la renforcent notablement. Je me permettrai de recommander plus particulièrement de ne pas négliger la récitation régulière du wird
(rosaire), car c’est là ce qui fortifie spécialement le lien avec la tarîqah
. – Enfin, je pense que chacun doit chercher à utiliser ses tendances naturelles plutôt qu’à les combattre ; mais, naturellement, il y a là autant de modalités différentes que d’individualités…
Il me semble que ce serait une très bonne chose si ce que vous avez en vue pour Sidi Aïssa à Amiens pouvait réussir ; comme je sais qu’il aurait été disposé à accepter une situation à Paris le cas échéant, il faut croire en effet qu’il ne tient pas absolument à rester en Suisse ; il suffirait en somme qu’il puisse y aller de temps à autre pour maintenir le contact avec les groups de Bâle et de Lausanne. – D’autre part, il ne paraît pas tenir beaucoup à la réalisation du projet tahitien. Je ne sais si je vous ai déjà dit que celui-ci m’inquiétait plutôt à bien des égards…
Vous avez très bien fait de parler comme vous l’avez fait avec M. Muller, ce qui ne pouvait pas avoir le moindre inconvénient, car j’ai confiance dans sa discrétion tout comme dans la vôtre.
Je n’avais certes pas pensé, pour ma part, que l’idée des articles dont vous m’aviez parlé pouvait venir de M. Devîmes, et je dois dire que Clavelle n’a jamais fait allusion à cela en m’écrivant. – Quoi qu’il en soit, il semble qu’on n’ait pas à craindre de manquer d’articles pour le moment ; il paraît qu’il y a déjà largement ce qu’il faut d’assuré pour les prochains n os
, c’est-à-dire, je pense, jusqu’à la fin de l’année ; il est même assez curieux que la situation semble ainsi s’améliorer de tous les côtés en même temps ! – Clavelle m’a dit que le nº sur l’Inde s’annonce très bien ; il doit être maintenant à l’impression. – J’ai déjà fait une grande partie de mon travail pour le nº d’octobre, et je pense pouvoir l’expédier d’ici une semaine au plus tard. Ce qui n’avance pas beaucoup en ce moment, c’est la mise en ordre de mes livres, mais enfin cela se fera peu à peu…
Je m’excuse de ne pas vous écrire plus longuement aujourd’hui, ne voulant pas retarder ma lettre, et j’espère avoir bientôt d’autres nouvelles.
Encore mille fois merci, cher Monsieur, et bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 5 декабря 1935 г.
(перевод на русский язык отсутствует)