Le Caire, 18 septembre 1937
Monsieur,
Vous devez vous étonner d’être sans nouvelles de moi depuis bien longtemps ; la raison en est que je viens d’être souffrant d’une crise de rhumatismes si violente qu’elle m’a complètement immobilisé pendant près d’un mois, et, comme vous pouvez le penser, cela m’a mis bien en retard pour tout... La première fois que j’ai pu retourner à la poste, j’y ai trouvé votre lettre du 9 août, ainsi que l’enveloppe contenant le nº d’« Æsculape » et les articles divers, et aussi le recueil des photos du retable de Grünenwald, qui sont fort belles et dont je vous remercie bien vivement. Il y a sûrement dans cette œuvre un côté imaginatif, comme vous le dites, qui montre que ce n’est déjà plus l’art des époques vraiment traditionnelles mais c’est certainement encore très intéressant malgré cela. Quant à la préface, il y a là des choses qui me semblent justes aussi, mais qui malheureusement ne sont pas exprimés d’une façon très claire ; ne trouvez-vous pas que, par endroits, cela donne l’impression d’une traduction littérale de l’allemand ?
La nouvelle de Lawrence m’a un peu étonné, d’après ce que je savais jusqu’ici des œuvres de cet auteur ; mais il est vrai que j’ai appris dernièrement qu’il avait fréquenté de bien singuliers milieux plus ou moins « occultistes »...
Pour Tobie, l’interprétation dont vous parlez fait allusion à la phase transitoire que les mystiques appellent la « nuit obscure de l’âme » ; mais c’est sans doute là une explication un peu trop spéciale, car le point de vue mystique lui-même n’est pas si ancien.
Les mésaventures survenues à ceux qui ont pris part aux fouilles des tombeaux pharaoniques, ainsi qu’aux possesseurs d’objets provenant de ces mêmes fouilles, sont bien en effet une des choses que j’ai eues en vue dans mon article sur les « résidus psychiques ».
La symétrie par rapport à un axe vertical implique bien une correspondance horizontale, suivant les lignes pointillées dans une figure telle que celle-ci ; inversement, c’est la symétrie par rapport à un axe horizontal qui donne la correspondance verticale, les points symétriques par rapport à un axe étant toujours reliés par des parallèles à l’autre axe.
Peut-être me déciderai-je quelque jour, comme vous le suggérez, à faire quelque chose sur la question de la « bhakti » ; d’autres que vous me l’ont d’ailleurs déjà demandé aussi...
Pour la traduction d’« El-Insânul-Kâmil », je reconnais qu’un commentaire ne serait sans doute pas inutile, mais alors ce serait véritablement interminable, le texte étant déjà fort long par lui-même. Le passage que vous mentionnez peut être rapporté à la nécessité d’unir, dans la considération du Principe, les deux aspects « suprême » et « non-suprême ».
Je ne connais pas du tout la correspondance de Spinoza, non plus que le livre de Grey Owl ; j’accepte donc votre offre de me communiquer ces 2 volumes, et je vous en remercie à l’avance. J’ai encore ici 4 livres à vous ; et que d’autres lectures en retard en ce moment !...
Croyez, je vous prie, Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 18 сентября 1937 г.
(перевод на русский язык отсутствует)