Le Caire, 17 juin 1934
Cher Monsieur,
Je ne veux pas tarder à vous exprimer tous mes remerciements pour ce que vous m’annoncez dans votre lettre, et pour tout le mal que vous avez bien voulu vous donner pour préparer une exposition de mes ouvrages. Il faut espérer que celle-ci donnera de bons résultats, ainsi que votre article de la « Revue de la Cité Universitaire », que je recevrai sans doute bientôt.
Quant à l’autre article plus important, il vaut sans doute mieux qu’il ne paraisse qu’en octobre, car nous voici bien près des vacances, pendant lesquelles la plupart des gens ne lisent guère de choses sérieuses… Je me demande si cela s’accordera facilement avec les tendances de la « N. R. F. » ; mais, bien entendu, vous êtes mieux à même que moi d’en juger, et je m’en rapporte à vous là-dessus.
J’avais naturellement appris, en ces derniers temps, vos rencontres avec MM. Préau, Clavelle et Schuon ; tous paraissent fort heureux d’avoir fait votre connaissance.
Pour ce qui est de mes articles plus ou moins dispersés dans des revues diverses, je ne peux malheureusement guère vous donner d’autres indications que celles que vous avez déjà. Autant que je peux me souvenir, je ne crois pas qu’il y ait quelque chose dans d’autres revues que celles que vous énumérez. J’avoue même que je n’aurais pas pensé à vous signaler « Vient de Paraître », où je n’ai donné que de simples comptes rendus ; cela me rappelle que j’en ai donné aussi quelques-uns à la « Revue Philosophique », vers 1919-1920 si je ne me trompe…
Pour la « France Antimaçonnique », je ne puis, hélas ! vous dire où il serait possible maintenant de s’en procurer une collection, et je crains que ce ne soit pas facile. De plus, je serais tout à fait incapable de vous indiquer mes articles, ne les ayant pas ici ; il y en a une grande quantité, d’importance très diverse, surtout dans les deux dernières années (1913-1914), mais aussi quelques-uns avant (depuis 1909 ou 1910, je ne sais plus au juste).
Quant à la revue italienne, qui a porté le titre d’« Atanôr » pendant la première année et celui d’« Ignis » pendant la seconde, je n’arrive pas à me rappeler exactement sa date ; cela doit remonter à une dizaine d’années. Il y a là une première version de « L’Ésotérisme de Dante », puis un article sur le « Roi du Monde » (écrit avant le livre), et un sur la Kabbale » de Vulliaud ; je ne me souviens pas d’autre chose. Je n’ai pas non plus cette revue ici, et, comme pour la « France Antimaçonnique », je ne sais pas où vous pourriez vous la procurer ; je vais cependant tâcher de m’informer à ce sujet.
Pour « Il Convito », il y a sûrement confusion : c’était une revue italo-arabe qui paraissait ici il y au moins trente ans et je n’y ai jamais rien écrit.
Quant à ce que vous a dit M. Schuon, il est exact que je me suis occupé de la revue « El-Maarifah » à ses débuts, et que sa première année contient plusieurs articles de moi, mais en arabe, naturellement, et sous une autre signature. Je n’ai pas continué ma collaboration par la suite, parce que cette revue a dû prendre, pour des raisons « financières », un caractère beaucoup trop « général » pour ce que je me proposais de faire. Les difficultés dues à la crise actuelle se font sentir ici comme partout.
Je puis encore vous signaler que, depuis le début de cette année, le journal « Il Regime fascista », de Crémona, publie de temps à autre des traductions de quelques-uns de mes articles du « Voile d’Isis » et d’extraits d’« Orient et Occident », les uns signés, les autres sans signature ; mais il n’y a là rien de nouveau.
Cela me fait penser à vous mentionner dans un autre ordre d’idées, les traductions de mes livres ; il n’y en a d’ailleurs que bien peu jusqu’ici : en anglais, « Man and his becoming according to the Vêdânta » (chez Rider, à Londres) ; en italien, « Il Re del Mondo » (chez Fidi, à Milan) ; et c’est tout pour le moment. Il y a actuellement diverses autres choses en projet ; mais, là encore, c’est la crise qui en rend la réalisation difficile, si bien que je ne sais trop quand cela pourra aboutir.
Maintenant, je reviens à ce qui concerne mes articles : toutes ces indications sont pour vous personnellement
; mais, vis-à-vis du public, je tiens absolument à ce qu’il ne soit fait mention de rien d’autre que de ce qui a paru avec la signature R. G.
Par conséquent, il n’y a pas à faire état de « La Gnose », ni de la « France Antimaçonnique », ni d’« El-Maarifah ». Chaque fois que je me suis servi ainsi d’autres signatures, il y a eu des raisons spéciales, et cela ne doit pas être attribué à R. G.
, ces signatures n’étant pas simplement des « pseudonymes » à la manière « littéraire », mais représentant, si l’on peut dire, des « entités » réellement distinctes. Je compte donc entièrement sur votre discrétion ; je n’ai eu que trop d’ennuis et de désagréments de toutes sortes (c’est même à peu près tout ce que j’ai retiré jusqu’ici de mes travaux…) pour ne pas redouter toute « imprudence » qui risquerait de m’en susciter encore d’autres. Je regrette de ne pouvoir m’expliquer plus amplement là-dessus par lettre ; espérons que nous arriverons tout de même à nous rencontrer quelque jour !
Je tâcherai de vous récrire quand j’aurai reçu votre article.Encore tous mes remerciements, cher Monsieur, et croyez, je vous prie, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 17 июня 1934 г.
(перевод на русский язык отсутствует)