Le Caire, 6 novembre 1946
Cher Monsieur,
Je viens de recevoir votre lettre du 18 octobre, qui me rassure au sujet de cette question des notes dont je vous avais parlé. Seulement, je ne vois pas très bien comment il serait possible d’isoler les références de textes du reste des notes, avec lequel elles font corps en quelque sorte… D’un autre côté, je sais qu’il y a des gens qui me reprochent aussi de trop multiplier les notes (bien qu’elles soient loin d’atteindre la longueur de celles de Coomaraswamy surtout) ; mais je ne vois pas le moyen de faire autrement sans couper la suite des idées par des digressions continuelles qui seraient encore bien autrement gênantes pour la lecture. C’est vous dire que je comprends trop bien qu’il n’ait pas été possible à F. Schuon d’intégrer toutes ses notes dans le texte ; au fond, je crois qu’il n’y a guère que pour des ouvrages littéraires qu’on peut éviter cet d’inconvénient !
Malgré les diverses causes de retard dont vous parlez, il faut bien espérer que le livre de F. Schuon pourra paraître le plus tôt possible ; il aurait été bien à souhaiter que ce puisse être vers la fin de cette année, suivant ce qui avait été prévu. Je pense qu’il est toujours entendu que c’est le livre de Coomaraswamy qui devra venir ensuite. D’autre part, Clavelle me dit que vous envisagez la possibilité de faire paraître dans la collection la traduction commentée du Tao-Te-King par J. Lionnet ; nous attendons le retour de celui-ci très prochainement.
Oui, fort heureusement, les malentendus entre la France et la Suisse paraissent enfin entièrement dissipés ; vous devez d’ailleurs avoir eu des nouvelles du voyage d’Allar, qui en est revenu très satisfait ; Vâlsan, de son côté, annonce son prochain retour à Paris. – À la suite de la visite d’Allar à Nancy, Jannot s’est enfin décidé à écrire à F. Schuon, ainsi qu’à moi ; il semble tout de même vouloir enfin faire preuve de bonne volonté, et mieux vaut tard que jamais ; souhaitons seulement que cela puisse durer…
Pour votre article de « Présence », je tâcherai de vous dire quelque chose sur le point que vous me signalez ; mais, pour le moment, je dois avouer que je ne vois pas exactement comment vous envisagez la chose : pourquoi la couleur, qui en somme est une modalité de la lumière, serait-elle plus inhérente à la matière comme telle que toute autre qualité ?
Tant mieux que vous ayez pu déjà avoir un Qorân, ce qui va vous éviter des délais forcément plus ou moins longs ; j’en ai fait part à M. Lings.
Peut-être êtes-vous déjà à Nantes, mais je pense bien qu’on vous fera parvenir cette lettre que j’adresse encore à Versailles ; n’oubliez pas, la prochaine fois, de me donner l’adresse exacte à laquelle on devra maintenant vous écrire. C’est dommage que vous n’ayez pas pu trouver dès maintenant le moyen de vous installer tout à fait avec votre famille, car cela va vous obliger à des allées et venues un peu fatigantes pendant tout cet hiver…
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 6 ноября 1946 г.
(перевод на русский язык отсутствует)