Le Caire, 31 mars 1946
Cher Monsieur,
J’ai reçu à peu de jours d’intervalle votre lettre du 16 février d’abord, puis celle du 11, ce qui vous montre qu’il y a toujours quelque peu de désordre dans les courriers ; il y a pourtant quelquefois des lettres qui vont un peu plus vite maintenant, mais c’est encore l’exception. – Ce qui m’a bien étonné, c’est de recevoir en 10 jours un paquet qui n’avait cependant pas été envoyé par avion, contenant les « Aperçus » et le 3e n° des « Études ». – D’après ce que me dit Allar, les « Principes » et la 2e édition du « Règne » doivent décidément sortir dans les 1 ers jours d’avril ; tout semble donc bien aller de ce côté.
Ce que vous me dites pour le 2e livre de F. Schuon confirme ce que j’avais supposé ; quant au 1er
, qui doit maintenant être intitulé « De l’Unité transcendante des religions », nous venons d’en recevoir le 6e chapitre, et je pense que vous devez l’avoir aussi ; il doit y en avoir encore 2 après celui-là.
Je suis content de savoir que vous avez bien reçu « Hinduism and Buddhism » et que vous vous proposez de le traduire vous-même ; espérons qu’il n’y aura pas de difficultés du côté de l’éditeur américain ; quant au retard inévitable pour la publication, je ne pense pas que Coomaraswamy fasse des objections à ce sujet. – Merci de penser dès maintenant à la question de l’autorisation pour la traduction du « Règne », il vaudra sans doute mieux en effet qu’elle soit demandée le plus tôt possible ; je ne sais d’ailleurs pas au juste où cela en est présentement.
Pour ce qui est des Hymnes de Synésius, je dois dire que je ne les connais pas, de sorte que je ne peux aucunement juger du genre d’intérêt qu’ils présentent ; mais, d’après ce que vous me dites, il vaut évidemment mieux réserver la place pour d’autres choses plus importantes, puisque, d’ici longtemps, les ouvrages à publier dans la collection ne risquent pas de faire défaut. Naturellement, je suis bien persuadé que vous aurez su présenter ce refus à Mario Meunier de façon à ce qu’il ne puisse pas s’en froisser…
Le travail de Cuttat sur les « Noms divins » est intéressant en effet ; son principal défaut, à ce qu’il me semble, est d’être un peu compliqué et difficile à suivre ; je me demande aussi d’où il a tiré certaines correspondances qui ne paraissent pas toutes incontestables. Il faudrait d’ailleurs que je puisse trouver le temps de le relire plus attentivement, mais, en ce moment, je n’y arrive pas plus qu’à bien d’autres choses…
J’ai enfin reçu ces jours derniers les épreuves de la « Grande Triade » : malheureusement, étant donné l’état de celles-ci et la hâte avec laquelle le tirage a été fait, comme vous le savez sans doute, je suis un peu inquiet de ce que pourra être le résultat.
Au sujet d’Evola, il y a quelque chose de vraiment singulier : personne, même en Italie, ne peut savoir ce qu’il est devenu !
Je souhaite que vous puissiez terminer le plus promptement possible les travaux qui vous absorbent encore en ce moment, et aussi que votre projet de voyage en Suisse se réalise sans trop tarder ; l’envisagez-vous avant ou seulement après votre installation en province ?
Bien cordialement à vous
René Guénon
P. S. C’est à Port-Saïd qu’est Lionnet ; il travaille toujours au Tao-Te-King ; la traduction est à peu près au point maintenant, mais les notes ne sont pas encore terminées.
Каир, 31 марта 1946 г.
(перевод на русский язык отсутствует)