Le Caire, 23 janvier 1946
Cher Monsieur,
Je viens de recevoir votre lettre du 8 janvier ; je vous remercie tout d’abord de vos bons vœux, et je vous adresse tous les miens à mon tour. Ils vous parviendront un peu tard pour la nouvelle année, mais ils sont surtout à l’occasion de votre entrée dans la voie que vous m’annoncez ; je suis fort heureux de cette bonne nouvelle, et je vous en exprime toutes mes plus vives félicitations !
J’ai terminé la correction des « Principes », ainsi que celle des « Aperçus » ; j’attends maintenant d’un jour à l’autre les épreuves de la « Grande Triade ». Assurément, je suis très satisfait des arrangements qui ont été pris pour que le tout paraisse promptement, et je vous en suis bien reconnaissant à tous. – Je ne savais pas que le titre de la « Table Ronde » avait été pris par ailleurs et devrait être changé ; mais en somme celui de la « Table d’Émeraude » me paraît tout aussi bien…
J’avais déjà appris que le livre de F. Schuon, dont nous avons reçu aussi ici plusieurs chapitres, devait paraître dans la collection après la réédition de la « Crise » ; espérons donc que cela non plus ne tardera pas trop. Quant à son autre livre dont vous me parlez, est-ce un réarrangement du recueil d’articles qui avait paru autrefois chez Chacornac ?
Pour le « Serpent Power », je ne me doutais pas qu’il y avait des difficultés pour savoir à qui appartiennent les droits ; je ne sais pas si l’auteur a laissé des héritiers, mais en tout cas il me semble que son éditeur devrait pouvoir vous renseigner là-dessus, et je croyais bien que vous vous en étiez informé lorsque vous aviez projeté de publier cette traduction.
Quant au livre de Coomaraswamy, je suis étonné qu’il ne vous l’ait pas envoyé ; mais il est vrai que plusieurs articles dont il m’a annoncé l’envoi depuis des mois ne me sont pas parvenus, ce qui m’étonne beaucoup aussi ; je me demande s’il y a encore des choses qui se perdent en route, ou s’il s’agit seulement de retards qui par ailleurs ne me paraissent guère explicables. Quoi qu’il en soit, dans sa dernière lettre, en date du 15 novembre, il me disait que vous lui aviez écrit que, au lieu de ce qui avait été envisagé tout d’abord, vous préféreriez maintenant publier « Hinduism and Buddhism » ; et, en même temps, il me disait aussi avoir reçu un exemplaire du « Règne » (je suppose que ce doit être celui que vous lui avez envoyé), dont un de ses amis a déjà entrepris la traduction. Je ne sais rien de plus pour le moment ; mais, quand j’aurai à lui récrire, je ne manquerai pas de lui reparler de cette question.
J’avais su par Allar que le 1er n° des « Études » était enfin paru dans les derniers jours de décembre, mais je me demande si le 2e pourra vraiment suivre aussi rapidement, ayant été donné également à Jouve. Chacornac est si mécontent des lenteurs de celui-ci qu’il parle de lui retirer la revue pour la confier à l’imprimeur des « Aperçus » ; mais, tant que ce ne sera pas fait, je crois qu’on doit malheureusement s’attendre encore à bien des promesses qui ne seront pas tenues… De l’aveu de Chacornac lui-même (maintenant que les choses se sont arrangées autrement), le dit Jouve n’aurait même pas pu entreprendre la composition des « Aperçus » avant 1947 !
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 23 января 1946 г.
(перевод на русский язык отсутствует)