Le Caire, 24 novembre 1945
Cher Monsieur,
Je viens de recevoir votre lettre du 5 novembre ; depuis les lettres de moi qui vous étaient parvenus à ce moment-là, je vous ai récrit encore les 1er et 14 octobre.
J’ai été étonné d’apprendre par Allar que la disposition du titre du « Règne » avait été changée après qu’on la lui avait soumise ; que pourrait-on bien faire pour éviter que de semblables fantaisies ne se reproduisent à l’avenir ? – Il paraît qu’une grande partie des exemplaires a été enlevée par les libraires dès la mise en vente ; dans ces conditions, il faut prévoir que ce tirage sera épuisé assez promptement. D’autre part, on se plaint que les libraires de province n’ont pas été servis ; à quoi cela tient-il ?
J’ai appris aussi que les « Principes » étaient à l’impression et qu’on attendait les 1 res épreuves vers la fin de ce mois ; souhaitons qu’il n’y ait pas de retard !
Vous savez sans doute que le livre de F. Schuon est prêt dès maintenant ; ce serait très bien, il me semble, s’il pouvait paraître dans la collection aussitôt après la réédition de la « Crise ».
J’ai bien reçu en effet le télégramme envoyé le 3 novembre par Vâlsan au sujet de l’édition des « Aperçus » et de la « Grande Triade » ; j’y ai répondu aussitôt, en acceptant naturellement la proposition, et, en même temps, j’ai envoyé à Chacornac une lettre par avion pour tâcher de l’amener à renoncer aux « Aperçus » (puisqu’il est déjà entendu qu’il renonce à la « Grande Triade », mais que d’ailleurs celle-ci ne peut pas paraître en premier lieu). Malheureusement, je crains bien qu’il ne fasse des difficultés, et pourtant il devrait bien comprendre qu’il est inadmissible que les choses traînent ainsi indéfiniment. Il devient de plus en plus évident qu’il est impossible de compter sur lui ; le retard du 1er n° des « Études » est aussi une chose bien extraordinaire… – D’un autre côté, je me demande qui est Odette Liautier (ou Lieutier d’après le télégramme ?), n’ayant jamais vu ce nom nulle part ; s’agit-il d’une maison nouvelle, et qu’a-t-elle déjà publié ? Il est probable que j’aurai bientôt des précisions par Vâlsan ; la dernière lettre que j’ai reçue de lui est de la fin d’octobre, et il semble qu’il n’en était pas encore question à ce moment-là, puisqu’il envisageait plusieurs autres solutions possibles (« Cahiers du Sud », Maisonneuve, etc.)… – En tout cas, ce serait assurément tout à fait bien si tout pouvait paraître à peu près en même temps, vers le début de 1946 (mettons dans le cours du 1er trimestre pour ne rien exagérer) ; merci d’avance pour l’article que vous vous proposez d’écrire à cette occasion !
Dermenghem m’écrit qu’il va faire un compte rendu du « Règne » pour les « Cahiers du Sud ».
Je suis content de savoir que la perspective d’un départ en province ne vous est pas déplaisante après tout, et que même vous y voyez certains avantages (il est sûr, en tout cas, que vous y gagnerez au point de vue de la tranquillité) ; il ne reste donc qu’à souhaiter que, de préférence, vous puissiez aller dans la ville que vous avez en vue et où vous ne vous trouverez pas étranger…
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 24 ноября 1945 г.
(перевод на русский язык отсутствует)