Le Caire, 14 octobre 1945
Cher Monsieur,
Je viens de recevoir votre lettre du 24 septembre ; je suis fort heureux d’apprendre la nouvelle de vos fiançailles et de votre prochain mariage, et je veux, avant tout, vous adressez toutes mes félicitations et mes meilleurs vœux à cette occasion ; je souhaite bien vivement que ce changement dans votre situation dissipe enfin cette atmosphère de pénibles soucis dont vous vous sentiez entouré !
Comme vous le saurez par ma réponse à ma précédente lettre, j’ai bien reçu l’exemplaire du « Règne de la Quantité », mais je ne savais pas que c’était le premier tiré, ni que la mise en vente avait encore été retardée jusqu’à la dernière semaine de septembre… Je vous ai dit aussi la critique que j’avais à faire à la disposition du titre ; c’est dommage, car autrement la présentation est vraiment bien.
Je n’ai pas besoin de vous dire que j’approuve entièrement votre décision en ce qui concerne le choix des ouvrages à admettre dans la collection ; assurément, c’est le seul moyen d’éviter tout « mélange » d’un caractère plus ou moins fâcheux.
Une question que j’avais oublié de vous poser : l’ouvrage annoncé de Coomaraswamy est-il, malgré la différence du titre, la traduction de ce qui a paru dans le n° 1 de « Zalmoxis », ou bien s’agit-il de quelque chose d’autre ?
Vâlsan m’a déjà parlé en effet de ce qu’il envisage pour obtenir la publication aussi rapide que possible de mes autres livres, et sans doute m’en reparlera-t-il à mesure que les choses se préciseront ; bien entendu, je m’en rapporte à vous deux pour cela, puisque je vois avec plaisir que vous êtes entièrement d’accord. – Je me demande si les « Principes » sont dès maintenant à l’impression ; je voudrais bien qu’en tout cas cela ne tarde pas trop !
Chacornac m’écrit qu’il compte toujours avoir prochainement le papier pour les « Aperçus », et aussi qu’il espère que le 1er n° des « Études » va être prêt à paraître le 15 octobre.
Je suis content de savoir l’intérêt que vous avez pris à la lecture de la « Grande triade ». – Pour ce qui est de la question que vous soulevez à la fin de votre lettre, c’est peut-être un peu difficile à définir par des formules précises, d’autant plus que les apparences extérieures peuvent être parfois à peu près les mêmes dans des cas qui sont pourtant tout à fait différents au fond ; mais, d’une façon générale, il me semble qu’en somme on pourrait dire que la soumission au Destin n’entraîne qu’une simple attitude de résignation passive, tandis que l’obéissance à la Providence implique une volonté de collaboration active avec celle-ci, ce qui suppose, d’ailleurs évidemment un certain degré de « connaissance », tandis que cette condition n’est nullement nécessaire dans l’autre cas.
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 14 октября 1945 г.
(перевод на русский язык отсутствует)