Le Caire, 1er octobre 1945
Cher Monsieur,
Les relations postales sont encore bien irrégulières, et il n’y a que peu de temps que j’ai reçu votre lettre du 28 août, juste au moment où je venais d’être informé par un télégramme de Vâlsan que le « Règne de la Quantité » était enfin paru, et aussi que le 1er n° des « Études » avait été envoyé à l’imprimerie le 15 septembre. C’est d’ailleurs cette dernière nouvelle qui m’a empêché de vous répondre tout de suite ; j’ai dû en effet préparer sans retard des articles pour le 2 nd n°, car on me les demandait pour la fin octobre, et il faut toujours tenir compte des délais de la poste…
Un exemplaire du « Règne », envoyé par avion, vient de m’arriver ; le volume se présente bien, et le dessin de la couverture est d’un très bon effet (j’avais craint tout d’abord que ses dimensions réduites en nuisent à la netteté, mais il n’en est rien). Seulement, il y a une chose que je trouve fort regrettable : c’est que la 2e partie du titre ait été composée en caractères si petits qu’elle est à peu près invisible ; et, par surcroît, elle a été entièrement supprimée dans le faux titre ! Dans mon intention, cette 2e partie avait une importance presque égale à celle de la 1re
, car celle-ci ne peut s’appliquer à toute la fin du livre, et c’est pourquoi j’avais trouvé cette addition indispensable. Si le volume est réédité un jour ou l’autre, je demanderai qu’on ne manque pas de modifier cette fâcheuse disposition du titre.
J’espère qu’on ne va pas tarder à mettre en train l’impression des « Principes du Calcul infinitésimal », si même ce n’est déjà fait ; Allar m’écrit qu’il va m’envoyer d’ici peu une liste des points embarrassants, afin que je puisse y répondre avant qu’il n’ait les épreuves à corriger. – Il faut d’ailleurs que ce volume puisse paraître avant les « Aperçus », pour lesquels Chacornac compte avoir enfin le papier ces jours-ci, et qui ainsi devront être prêts vers la fin de l’année.
Depuis les deux lettres que vous me dites avoir reçues, je vous en ai écrit encore une autre à la fin de juillet, et je pense que vous devez l’avoir aussi maintenant ; je ne sais d’ailleurs plus au juste où je vous l’avais adressée, mais je vois que, dans tous les cas, il vaut mieux vous écrire toujours à Versailles, et je ferai ainsi à l’avenir.
Je suis très heureux de ce que vous me dites de l’état actuel de vos relations avec Vâlsan ; du reste, je n’avais jamais douté qu’il ne devait y avoir entre vous rien d’autre qu’un simple malentendu…
Quant aux autres nouvelles vous concernant personnellement, je ne comprends que trop bien toute la peine que doit vous faire l’état de santé de Madame votre mère ! Pour le reste, je fais des vœux bien sincères pour la réussite de vos projets actuels ; mais n’y a-t-il aucun moyen d’éviter cette sorte d’exil dans un musée de province qui doit être assurément pour vous une perspective assez peu agréable ?
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.
René Guénon
Каир, 1 октября 1945 г.
(перевод на русский язык отсутствует)