Le Caire, 27 juin 1945
Cher Monsieur,
Deux jours après vous avoir écrit (à Versailles, mais je pense bien qu’on doit vous faire suivre la correspondance), j’ai reçu votre lettre du 12 mai, et maintenant celle du 18 vient d’arriver à son tour. Cette dernière m’a rassuré, car, en lisant l’autre, je m’étais demandé s’il n’y avait pas eu quelques nouvelles difficultés au sujet de la collection, alors que, comme vous le verrez par ce que je vous ai écrit, je croyais bien que tout était arrangé. Enfin, heureusement il n’en était rien, et la faute était seulement aux courriers qui n’arrivent pas dans leur ordre normal !
Comme je crois vous l’avoir déjà dit, il me semble que le titre et le sous-titre sont très bien ainsi ; évidemment, il faut toujours prendre ses précautions pour éviter toute surprise ultérieure du côté des éditeurs…
Je n’ai pas encore tout à fait toutes les épreuves du « Règne de la Quantité » ; je le regrette, car il est sans doute déjà paru maintenant, et je ne sais trop comment on pourra s’arranger pour ajouter des « errata » (bien qu’en somme il soit toujours possible d’insérer une feuille détachée dans les exemplaires déjà brochés). Il est vrai qu’il reste peu de fautes, la correction ayant été faite très soigneusement, mais enfin il y en a tout de même quelques-unes, ce qui est à peu près inévitable…
Je crains qu’il ne soit bien difficile d’amener Evola à modifier ce qu’il a écrit dans un sens plus « orthodoxe », car j’ai eu bien des fois l’occasion de constater qu’il est fort entêté dans ses idées, et le point dont je vous parlais semble lui tenir tout particulièrement à cœur !
Quant aux autres ouvrages envisagés, c’est naturellement très bien ; seulement, Clavelle me dit qu’il ne peut pas encore vous donner son livre actuellement ; peut-être ce retard vous obligera-t-il à modifier l’ordre de la publication que vous envisagiez. Ce que je ne comprends pas très bien, c’est qu’il voudrait le récrire, dit-il, pour l’adapter à un public différent de celui de Chacornac auquel il était destiné tout d’abord ; ce souci me paraît fort exagéré, et je lui ai d’ailleurs dit.
Vous savez probablement que Chacornac s’est enfin décidé à mettre en train la réédition de la « Métaphysique orientale » ; peut-être est-ce même déjà terminé, car ce n’est pas bien long.
Quant à la revue, je souhaite qu’elle puisse décidément reprendre en juillet comme vous le pensez ; Clavelle, dans sa dernière lettre, me dit qu’on envisage la publication sous forme de « cahiers » sans périodicité fixe, en attendant mieux ; il paraît que beaucoup de revues font ainsi actuellement et que cela évite des difficultés en ce qui concerne le papier. – De différents côtés, on me demande quand elle reparaîtra, et jusqu’ici je suis dans l’impossibilité de répondre quelque chose de précis à cet égard…
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes bien cordiaux sentiments.
René Guénon
Каир, 27 июня 1945 г.
(перевод на русский язык отсутствует)