Le Caire, 15 juin 1945
Cher Monsieur,
Depuis que je vous ai écrit (et je pense que ma lettre a dû vous parvenir il y a un certain temps déjà), j’ai reçu votre lettre transmise par Townsend, puis celle que vous m’avez adressée directement le 28 mars. Si je n’y ai pas répondu plus tôt, c’est qu’il n’en résultait en somme aucune raison nouvelle pour ou contre l’idée de la collection telle que vous l’envisagez, de sorte que je n’avais rien à modifier ou à ajouter à ce que je vous avais déjà dit à ce sujet. Enfin, je viens d’apprendre par la dernière lettre reçue de Vâlsan que les choses se sont arrangées pour le mieux. Pour ce qui est du titre, je crois comprendre que vous vous êtes mis d’accord pour choisir définitivement celui de « Tradition », ce qui vaut peut-être mieux en effet, surtout en y ajoutant un sous-titre explicatif. Assurément, le titre de la « Fleur d’Or » n’était pas mauvais en lui-même, mais ce qui est à craindre, c’est que, pour bien des gens, il n’évoque surtout l’interprétation « psychanalytique » de Jung ; un livre intitulé « The Garden of the Golden Flower », paru en Angleterre en 1940, m’a montré que cette interprétation n’avait eu malheureusement que trop de succès et de diffusion… – Quant aux livres en projet que vous m’énumérez dans votre dernière lettre, il va de soi qu’ils ne peuvent donner lieu à aucune objection de ma part, bien au contraire !
Il semble qu’il y ait eu, pour l’impression du « Règne », un certain retard sur ce qui avait été prévu ; je veux croire pourtant que tout est terminé maintenant. J’ai reçu seulement hier un paquet d’épreuves, et qui est le troisième ; les deux premiers ne sont pas encore arrivés ! Ces irrégularités de la poste sont d’ailleurs assez fréquentes en ce moment, et c’est bien gênant pour la correspondance… Quand j’aurai le tout, j’enverrai la liste des corrections qui resteraient à faire, s’il y en a, et j’espère bien que, dans ce cas, on pourra toujours ajouter après coup une page d’« errata » comme cela se fait assez souvent. – C’est dommage que les caractères soient si petits, car cela risque de rendre la lecture un peu fatigante ; mais je comprends bien qu’actuellement on vise à économiser le papier le plus possible !
Je pense que, dès que le « Règne » sera achevé, on devra tout de suite mettre en train l’impression des « Principes du Calcul infinitésimal » ; vous serez bien aimable, s’il y a lieu, d’insister pour qu’il n’y ait pas de nouveaux délais, d’autant plus qu’après cela viendra la réédition de la « Crise », puisque c’est maintenant une chose décidée.
Merci de vos félicitations pour la naissance de notre seconde fille ; tout va toujours bien ici.
Je souhaite bien vivement que les circonstances difficiles auxquelles vous faites allusion en ce qui vous concerne finissent par s’arranger. J’ai été peiné d’apprendre les inquiétudes que vous cause la santé de Madame votre mère, que je ne savais pas si âgée… – Cette lettre ne vous trouvera sans doute pas à Versailles, mais je pense qu’elle suivra sans difficulté.
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 15 июня 1945 г.
(перевод на русский язык отсутствует)