Le Caire, 15 janvier 1945
Cher Monsieur,
Je viens seulement de recevoir votre carte du 17 octobre dernier ; je suis heureux d’avoir de vos nouvelles après une si longue interruption. Deux lettres de vous, d’août et septembre 1942, dans lesquelles vous parliez de vos projets de publications, m’étaient bien parvenues, mais seulement alors que les communications étaient déjà complètement coupées, de sorte que j’avais été dans l’impossibilité d’y répondre. – Quant à votre livre, je ne l’ai malheureusement pas reçu ; j’espère que vous voudrez bien m’en faire un nouvel envoi, car je voudrais bien pouvoir en prendre connaissance.
Pour ce qui est de mes deux ouvrages, je suis très étonné de ne pas pouvoir arriver à savoir où en sont les choses : il semble qu’aucun des télégrammes envoyés à nos amis de Suisse à ce sujet ne leur soit parvenu, mais du moins ont-ils dû recevoir nos lettres depuis longtemps déjà. Ma réponse était que je m’en rapportais à l’avis de Vâlsan, et que, par conséquent, j’acceptais de les faire éditer par Gallimard. Vous seriez bien aimable, dès que cela vous sera possible, de voir où cela en est et, si rien n’a été fait encore, d’activer un peu les choses ; il est vrai que, depuis trois mois que vous m’avez écrit, il se peut qu’il y ait eu du nouveau… – Je voudrais aussi vous prier de me donner l’adresse actuelle de Vâlsan, et de l’envoyer également à M r
Peter Townsend (The Gables, Osborne Road, Windsor), qui voudrait lui écrire depuis longtemps déjà et ne peut le faire, les anciennes adresses n’étant sans doute plus valables ; merci d’avance.
Je ne sais rien non plus au sujet des « Études Traditionnelles » ; le dernier n° arrivé ici est celui de mai 1940 ; j’ai su que celui de juin avait paru, mais je ne l’ai jamais vu, et les articles que j’avais encore envoyés pour celui de juillet me sont revenus après plus d’un an ! J’ai entendu dire que la publication avait continué d’une façon plus ou moins irrégulière, mais tout cela est bien vague…
Depuis que les relations postales avec la France sont redevenues possibles, je n’ai encore reçu, à part votre carte, qu’une lettre de Préau, toujours à Soustons comme vous le savez sans doute.
J’ai arrangé et complété, sous le titre « Aperçus sur l’initiation », mes articles sur ce sujet ; cela est arrivé à faire un gros volume. Il a été envoyé en Suisse il y a déjà au moins six mois, mais, jusqu’ici, je ne sais pas si on l’a reçu ; cette lenteur des communications est vraiment bien ennuyeuse, et il me tarde que les choses redeviennent un peu plus normales à cet égard. – Les temps derniers, j’ai terminé encore un autre livre, la « Grande Triade », qui, comme le titre l’indique, se rapporte principalement au symbolisme de la tradition extrême-orientale ; la copie à la machine n’en est pas encore tout à fait achevée.
À bientôt d’autres nouvelles, j’espère, et croyez toujours, je vous prie, à mes meilleures et bien cordiaux sentiments.
René Guénon
Каир, 15 января 1945 г.
(перевод на русский язык отсутствует)