Le Caire, 11 décembre 1938
Cher Monsieur,
Je suis heureux d’apprendre la bonne nouvelle de l’achèvement de votre livre ; je comprends d’ailleurs que ce travail ait dû vous prendre un temps assez long, puisque je vois, par ce que vous me dites, que vous avez dû y introduire beaucoup choses nouvelles. – Je vous remercie des intentions que vous voulez bien exprimer en ce qui me concerne ; si une citation dans une simple note ne vous paraît pas suffisante, il me semble que ce serait peut-être mieux placé dans un avant-propos que dans une note finale. Cela ne fait d’ailleurs sans doute pas grande différence au fond ; je crois seulement que c’est plus conforme aux habitudes (ce qui, il est vrai, ne veut pas dire forcément que ce soit mieux en soi) ; c’est ce qu’a fait notamment A. Gleizes, dans son dernier livre, précisément aussi pour Coomaraswamy et pour moi… Mais je ne sais pas si vous avez envisagé un avant-propos, et tout dépend naturellement de la disposition du livre dans son ensemble ; et je suis persuadé que ce que vous estimerez le plus convenable en définitive sera certainement très bien de toute façon.
J’ai appris aussi dernièrement que Desclée avait demandé, pour une publication qu’il veut lancer, une nouvelle notice sur le « Bestiaire », et que c’est vous qui vous étiez chargé de sa rédaction ; j’espère bien qu’il me sera possible de la voir quand elle sera parue.
Je suis heureux aussi de ce que vous me dites de mon article sur les cycles, car je craignais encore un peu de n’avoir pas réussi à le rendre assez clair ; il y aurait d’ailleurs, je dois le dire, encore bien d’autres considérations à exposer sur cette question… – Sur la théorie du geste, mon intention a toujours été d’écrire, non pas seulement un article, mais un livre, de même aussi que sur les conditions de l’existence corporelle, si toutefois je peux arriver quelque jour à en trouver le temps ; enfin, je verrai s’il m’est tout de même possible de faire quelque chose en attendant… C’est ce manque de temps pour arriver à tout qui est vraiment désolant : en dehors du « Roi du Monde » qui attend toujours sa réédition, on me signale que plusieurs années de la revue sont maintenant complètement épuisées, ce qui rend plus urgent l’arrangement en volume de mes articles sur l’initiation… Et puis il y a toujours aussi des traductions à revoir : les traductions anglaises d’ « Orient et Occident » et de la « Crise du Monde moderne » viennent d’être terminées et attendent que je puisse m’occuper de leur mise au point. Vous voyez que tout cela ne me laisse guère le loisir de penser à un travail entièrement nouveau !
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments bien cordiaux.
René Guénon
Каир, 11 декабря 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)