Le Caire, 27 octobre 1938
Cher Monsieur,
J’avais appris votre récent séjour à Loudun, et j’avais bien pensé que votre voyage à Bâle avait dû se trouver ajourné ; sûrement, c’était plus prudent à ce moment-là… Enfin, puisque les choses ont pris maintenant une tournure plus rassurante, il faut espérer que vous pourrez réaliser bientôt ce projet, comme vous le dites. Je souhaite aussi que vous puissiez terminer votre livre d’ici peu ; avez-vous quelque chose en vue pour son édition ?
Votre idée de traduire « Angel and Titan » (et peut-être aussi, en ce cas, « The Dark side of the Dawn », car ces 2 brochures se tiennent étroitement) me paraît excellente. Naturellement, il faudrait vous assurer de l’assentiment de Coomaraswamy à cette traduction et à sa publication dans les « Études Traditionnelles », publication qui prendrait forcément un certain temps (ce serait, bien entendu, à Clavelle d’arranger cela suivant la place disponible). Quoique Coomaraswamy nous donne déjà des articles assez fréquemment, je serai très content de ce qui pourra augmenter encore sa collaboration, et je crois bien que personne ne songera à s’en plaindre…
Je ne me souviens plus qui m’avait déjà parlé de la possibilité de reproduire la traduction du « Langage des Oiseaux » par Garcin de Sassy, et j’avais pensé que c’était en effet à retenir et à joindre à la liste des autres reproductions déjà envisagées ; il est bon en effet d’avoir toujours des choses de ce genre en réserve, surtout en prévision d’un manque momentané d’articles (ce qui d’ailleurs n’est pas le cas ces temps-ci), mais il va de soi qu’il ne faut pas en abuser, les lecteurs préférant généralement avoir de l’inédit… D’autre part, comme une traduction d’orientaliste est toujours une chose douteuse « à priori », il faudrait pouvoir s’assurer que celle-là est tout au moins « passable » ; il faudrait donc que quelqu’un se charge de la vérifier sur le texte et, s’il y a lieu, d’y ajouter des notes (rectificatives ou explicatives). C’est là un travail qui non seulement serait assez long à faire, mais pour lequel, en ce qui me concerne, j’avoue que je ne me sens aucun goût ; j’ai certainement beaucoup moins de mal à rédiger un article qu’à arranger ce qui a été fait par d’autres ! – Je ne vous en remercie pas moins de ces suggestions, qui, si elles ne me paraissent pas susceptibles de réduire mon propre travail, n’en peuvent pas moins être utiles à la revue en général.
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments bien cordiaux.
René Guénon
Каир, 27 октября 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)