Le Caire, 13 juillet 1938
Cher Monsieur,
Je viens de recevoir votre lettre du 6 juillet, et j’ai bien reçu aussi en son temps celle du 18 mai.
Je suis heureux de savoir que vous pouvez maintenant vous occuper de l’arrangement de vos études sur l’art traditionnel ; je ne m’étonne d’ailleurs pas que, pour leur donner la forme d’un livre, ce soit encore un assez long travail…
Je ne pense pas du tout que Schuon puisse se contrarier du retard de votre visite à Bâle ; il le comprendra certainement d’autant mieux que lui-même se proposait de venir ici depuis au moins 2 ans, et qu’il vient seulement de pouvoir réaliser ce projet ; j’ai été très content de pouvoir enfin le connaître ainsi directement, et, de son côté, il semble avoir aussi été satisfait de son séjour ici, bien qu’il n’ait pas pu le prolonger beaucoup ; une dizaine de jours sont bien vite passés…
À propos de Bâle, Burckh. a l’intention de faire une thèse sur la sculpture du moyen âge et voudrait avoir des références concernant la question des influences arabes. J’en déjà parlé à Clavelle, pour le cas où il aurait quelques renseignements bibliographiques sur ce sujet, et aussi à Coomaraswamy. J’ai tout de suite pensé que vous pourriez peut-être savoir également quelque chose là-dessus ; puisque vous verrez Burckh. assez prochainement, le mieux sera que vous en parliez avec lui à ce moment-là.
Merci pour le renseignement sur la Thulé du Groenland ; maintenant, le point important serait de savoir si ce nom est réellement ancien, ou s’il a seulement été donné à cette région à l’époque moderne par quelques explorateurs.
Merci aussi pour les sujets d’articles possibles que vous me suggérez ; assurément, toutes ces questions mériteraient d’être traitées plus ou moins longuement, et combien d’autres encore sont dans ce cas ! – Depuis longtemps, j’ai pensé que la question des Kabirs pourrait même faire le sujet d’un petit volume plutôt que d’un simple article ; mais qui sait si je pourrai jamais arriver à l’écrire ?...
On m’a suggéré l’idée, pour l’an prochain, d’un n° spécial sur les questions se rapportant au « folklore » ; je trouve (et Clavelle aussi, à qui j’en ai déjà parlé) que ce serait intéressant, mais qu’il sera peut-être difficile de trouver des collaborations en nombre suffisant pour former un ensemble assez complet ; voudriez-vous, à l’occasion, me dire ce que vous en pensez ?
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 13 июля 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)