Le Caire, 16 avril 1936
Cher Monsieur,
Je viens de recevoir votre lettre en même temps qu’une de Clavelle me disant qu’il a maintenant votre article sur les « origines de l’art », pour le nº du mois prochain. – Et je vois aussi, d’autre part, que le « Compagnon du Tour de France » commence à publier la reproduction de votre dernier article.
J’ai appris dernièrement votre rencontre avec Hackin ; j’aurais bien cru que vous deviez le connaître depuis longtemps déjà !
M. Charbonneau m’a écrit qu’il avait enfin reçu les épreuves du prospectus de souscription de son ouvrage ; mais il s’inquiète parce que Desclée veut faire une édition presque de luxe et d’un prix excessif (300 f.) ; je ne comprends vraiment pas cette idée, et je crains bien comme lui que cela ne risque de diminuer beaucoup le nombre de souscripteurs… Il serait pourtant bien à souhaiter que la chose réussisse ; peut-être pourrez-vous lui fournir des adresses ou autres indications utiles si toutefois vous ne l’avez déjà fait.
Ce que vous me dites sur l’origine des églises confirme en somme, sur certains points, ce que j’avais déjà vu à ce sujet ; mais je ne croyais pas qu’il y avait eu un changement au VIIe siècle ; cela a-t-il été général pour tous les pays, et quelles raisons en donne-t-on ? – Quant aux églises modernes, il est bien certain que, dans le cas général, il n’y a plus d’autres règles que celles de l’« alignement » profane ; mais j’ai toujours entendu dire (et notamment par des ecclésiastiques) qu’il y avait exceptions pour les églises des Jésuites ; si cette affirmation est inexacte, d’où a-t-elle bien pu venir ?
Pour les deux alphabets de la dédicace, il me semble qu’il doit y avoir tout de même une autre raison que de représenter les deux Églises grecque et latine (dans ce cas, pourquoi n’y aurait-il pas aussi une représentation de l’Église syriaque, particulièrement importante quant aux origines du Christianisme ?). Je me rappelle avoir vu autrefois une explication du P. Sirtillanges qui était plus compliquée, mais qui, à vrai dire, ne m’avait pas paru beaucoup plus satisfaisante…
Pour le rapport de Pâques avec le signe du Taureau, c’est surtout le symbolisme de l’œuf qui paraît bien ne pouvoir laisser place à aucun doute ; voyez aussi à ce propos, dans l’Évangile, l’opposition de l’œuf et du scorpion. – Pour les correspondances zodiacales des autres fêtes, il faudrait peut-être revoir les choses de plus près ; S t
Yves a bien donné quelques indications avec son Archéomètre, mais qui ne sont pas toutes incontestables, pas plus que les rapprochements de tout genre qu’il établit dans d’autres domaines…
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments bien cordiaux.
René Guénon
Каир, 16 апреля 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)