Le Caire, 14 février 1936
Cher Monsieur,
Je viens de lire votre article sur « L’Architecture sacrée », que je trouve, comme les précédents, très intéressant et très bien à tous points de vue. Je veux seulement vous faire part à ce sujet de deux ou trois petites remarques, et il vaut mieux que je le fasse tout de suite, car je risquerais peut-être de les oublier par la suite…
D’abord, au sujet de l’orientation des églises, la direction était-elle toujours prise invariablement sur le lever équinoxial du soleil ? J’ai vu autrefois, je ne sais plus où, qu’il y avait des différences à cet égard, probablement suivant les pays : lever équinoxial, lever solsticial, ou encore lever au jour de la fête du saint auquel l’église devait être dédiée. Je ne peux malheureusement vous indiquez aucune référence à ce sujet, il serait peut-être intéressant de vérifier la chose si c’est possible.
Ceci me fait penser à une autre question : depuis le XVIe siècle, la règle d’orientation normale n’a plus guère été observée nulle part ; mais, par contre, il y a eu une autre règle dans un cas particulier : celui des églises des Jésuites, orientées non plus vers l’Est, mais vers le Nord. Le fait est connu, mais je n’ai jamais pu trouver qu’aucune explication en ait été donnée ; j’en ai parlé autrefois à M. Charbonneau, qui ne connaît pas d’explication non plus ; sauriez-vous quelque chose là-dessus ?
Pour le rite de la dédicace des églises, le « pourquoi » du choix des deux alphabets latin et grec n’apparaît pas clairement, et tout ce que j’ai vu à ce sujet est assez peu satisfaisant. La question m’a justement été posée il y a quelque temps ; je n’ai pu indiquer que des explications que je trouve bien superficielles ; il doit y avoir autre chose, mais quoi exactement ? Ce que vous indiquez ne rend pas compte de l’emploi de deux alphabets, car un seul suffirait pour donner ce sens.
Pour la correspondance des fêtes liturgiques avec les signes du Zodiaque, telle que vous l’indiquez à la fin, il semble que celle de Pâques soit plutôt avec le Taureau qu’avec le Bélier ; ceci est en rapport avec le symbolisme de l’« Œuf du Monde ».
D’autre part, l’association de Janus avec le Capricorne est bien la seule correcte, à l’exclusion du Verseau, puisque c’est le Capricorne qui est la « porte solsticiale » d’hiver.
J’ai reçu enfin la semaine dernière une lettre de M. Charbonneau, toujours pris par ses travaux d’installation ; il dit que ceux-ci s’avancent cependant, mais qu’il n’a pas encore pu remettre en ordre ses livres et documents ; je ne sais que trop, par expérience, combien cela demande de temps !
En hâte, cher Monsieur, avec mes sentiments bien cordiaux.
René Guénon
Каир, 14 февраля 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)